Castaner justifie les LBD : "Des armes de défense face à des gens qui veulent les tuer !"

E&R
14/03/2019
02:29

Castaner justifie les LBD : "Des armes de défense face à des gens qui veulent les tuer !"

13 mars 2019, Christophe Castaner est l’invité de Ruth Elkrief. Le ministre de l’Intérieur peut feindre l’indifférence face à la souffrance des Gilets jaunes ou face aux questions de l’opposition sur la tournure ultraviolente de la répression, son seul argument, quand Mélenchon souligne que sa méthode « c’est pas la France », c’est de répondre « c’est pas le Venezuela ». Une pique en rapport au soutien du leader de La France insoumise au successeur d’Hugo Chavez.

Justifier ainsi, par une concurrence inepte des souffrances, l’incroyable répression qui s’abat depuis quatre mois maintenant sur les Français qui manifestent en jaune, c’est justifier un jour, allons-y gaiement, des tirs à balles réelles de la police. Pourquoi pas ? Il suffira de dire qu’il y a moins de morts chez nous qu’au Venezuela.

Castaner au rapport chez Elkrief

Répondre à côté des questions, mentir effrontément, ignorer les questions légitimes, fait partie de l’arsenal de tout homme politique sous la Ve, à plus forte raison s’il est ministre de la police, en charge du maintien de l’ordre. Mais quel ordre ? Ordre social avant tout, ordre bourgeois pour être plus précis, c’est-à-dire maintien de la hiérarchie entre riches et pauvres, entre dominants et dominés. Là encore, pourquoi pas, nous ne sommes pas de doux rêveurs... Mais le problème, c’est ce qu’Alain de Benoist appelle la théorie du « sablier » dans notre structure sociale.

Voici ce qu’il répond à Alain Minc au cours d’un long entretien paru dans Le Figaro du 28 février 2019 :

« Je trouve frappant que vous expliquiez la crise actuelle par le déclin du système éducatif – qui décline, tout le monde en est d’accord ! –, alors que la crise de la représentation se retrouve dans tous les pays occidentaux, quel que soit leur système éducatif…
La cause fondamentale est ailleurs. Si l’ascenseur social ne fonctionne plus, c’est que nous sommes sortis de l’époque des Trente Glorieuses où la société était représentée classiquement sous la forme d’une pyramide. Cela allait de pair avec la thèse du ruissellement, théorisée par Alfred Sauvy et dont Macron, avec sa métaphore sur les “premiers de cordée”, est apparemment l’un des derniers dévots.

Dans ce schéma, les profits qui s’accumulaient en haut de la pyramide finissaient par redescendre plus ou moins vers la base, ce qui provoquait une constante expansion de la classe moyenne, dont on ne sortait plus après y avoir accédé. D’où le projet politique giscardien d’un grand “bloc central”, repris par Emmanuel Macron sous une autre forme, alors que les circonstances ont totalement changé. Il y a cinquante ans, les deux tiers des Français étaient plus ou moins satisfaits de leur sort, aujourd’hui on compte plutôt deux tiers de mécontents.

De nos jours, en effet, la société n’est plus en forme de pyramide mais en forme de sablier : en haut, les profits continuent à s’accumuler mais ils ne redescendent plus : la pauvreté s’étend (un Français sur deux n’arrive plus à boucler ses fins de mois), le pouvoir d’achat baisse et la précarité devient la règle générale. Au milieu, à la partie la plus resserrée du sablier, les classes moyennes, touchées de plein fouet, sont en voie de déclassement, sinon de disparition, comme l’a bien montré Christophe Guilluy.

On est là devant quelque chose de bien plus sérieux et plus profond qu’une simple “crise du système éducatif”. Cela renvoie à l’évolution générale du système capitaliste. Le vieux capitalisme, industriel ou marchand, qui avait encore un certain enracinement national, a de plus en plus cédé la place à un capitalisme du troisième type, essentiellement spéculatif et financier, qui est totalement déterritorialisé. Le système du capital s’est engagé dans cette voie pour conjurer le spectre d’une dévalorisation générale de la valeur. On en est ainsi arrivé à cette mondialisation, que vous aviez décrite, Alain Minc, comme “heureuse”, mais qui ne l’a guère été que pour les membres de la caste que nous évoquions… »

Naturellement, le ministre de l’Intérieur ne va pas aussi loin dans l’analyse, pourtant efficace et pleine de bon sens de l’intellectuel de droite. Son boulot, à Castaner, c’est l’ordre et l’ordre à tout prix, même à celui d’un matraquage systématique des manifestants. La répression n’a pas de fin : bientôt, avec la loi anti-casseurs, plus personne ou presque ne pourra exprimer sa colère, ou son mécontentement. C’est une loi anti-colère qu’on nous inflige là.

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Rantanplan à la niche !

Le plus malhonnête dans l’argumentaire de Rantanplan, le toutou de Macron, c’est la justification de la violente répression par la violence des... black blocs, alors que ces casseurs professionnels travaillent objectivement pour la police, du moins pour l’ordre bourgeois, tout le monde sait ça.
Les black blocs cassent, les Gilets jaunes morflent. Le ministre a ensuite beau jeu d’expliquer que la violence policière est simplement proportionnelle à la violence des... casseurs. Et tant pis si des Gilets jaunes se trouvent dans le champ de tir !

« Alors effectivement, ils utilisent des armes de défense qui vont des lacrymogènes que l’on connaît jusqu’aux LBD qui font débat, mais aujourd’hui ce sont des armes de défense face à des gens qui veulent les tuer ! »

On n’a jamais vu de black bloc à la main ou à l’œil arraché. En revanche, 2 000 Gilets jaunes ont été blessés sérieusement. Ces blessures physiques font écho aux blessures psycho-sociales occasionnées par la mondialisation, phénomène économique généralisé qui s’accompagne d’une idéologie, le mondialisme. Et le rôle du mondialisme c’est quoi ? De justifier les dégâts de la mondialisation, des les rendre acceptables, inéluctables, par les peuples qui en sont victimes.

Voici la réponse de Minc à Benoist :

Le Figaro : « Justement, Alain Minc, croyez-vous toujours à votre concept de mondialisation heureuse ? »
Alain Minc : « Elle a été très heureuse pour la population des pays sous-développés ! Pour un Chinois la mondialisation est heureuse ! »
Alain de Benoist  : « Tant mieux pour les Chinois. Mais si la contrepartie à l’enrichissement (relatif) des pays sous-développés est l’importation du sous-développement en Europe, il ne faut pas s’étonner si les classes populaires ne s’y retrouvent pas ! Pour elles, la mondialisation renvoie avant tout aux délocalisations, à la désindustrialisation et aux plans de licenciement qui vont avec, à la mise en concurrence dans des conditions de dumping avec des travailleurs de l’autre bout du monde, à l’immigration qui augmente de façon incontrôlable, au déclassement social, au chômage de masse, et j’en passe. »

Et à la révolte, serait-on tenté d’ajouter.

Pour finir, trois extraits avec des citations historiques du ministre, du genre « il était essentiel que l’on puisse montrer que les garanties constitutionnelles étaient garanties pour tous », à propos de la loi anti-casseurs :