Delon, le dernier géant, cerné par les nains de la bien-pensance

E&R
14/05/2019
01:12:22

Delon, le dernier géant, cerné par les nains de la bien-pensance

Alain Delon, dit le Guépard, est d’une autre époque. Pas celle des années 60-70, celles de son éclat maximal, celles de ses plus grands films [1], mais celle de l’avant bien-pensance.
Un collectif pétitionne actuellement pour empêcher les autorités du Festival de Cannes de lui attribuer une Palme d’or d’honneur pour son œuvre. La raison invoquée ? Ses propos prétendument homophobes, racistes et sexistes. L’attaque vient de l’association américaine Women & Hollywood, qui s’est notamment associée au mouvement MeToo. Delon homophobe ? Grotesque, mais on peut pardonner aux féministes gauchistes mal renseignées.

« La fondatrice du groupe, Melissa Silverstein, a déclaré à Variety être "très déçue" que Cannes honore celui qui a reconnu avoir giflé des femmes et qualifié l’homosexualité de "contre-nature".
La pétition Care2 rappelle les déclarations controversées d’Alain Delon : le fait que les couples homosexuels ne devaient pas avoir le droit d’avoir ou d’adopter des enfants, que les femmes ne devaient pas se plaindre si un homme les "gifle", et que la France devait arrêter d’accueillir des migrants. » (Source : francetvinfo.fr)

Delon est au-dessus de toutes ces polémiques, car il a déjà pris sa retraite du monde : il vit dans sa propriété de 50 hectares. On peut encore le croiser à Paris, entouré de ses amies, mais il préfère désormais ses chiens et ses souvenirs, et la chambre mortuaire qu’il s’est confectionnée dans son antre. Un journaliste de Paris Match a eu le droit d’y pénétrer.

« Il veut tout montrer, encore et encore. Il faut sortir maintenant, malgré le froid. Traverser le jardin, passer devant la maison avec la seconde piscine qu’il a fait construire pour sa fille Anouchka, longer l’étang et sa plage de sable, aménagée jadis pour les gamins, avant d’arriver au cimetière de ses 50 chiens, frères et sœurs d’amitié. Les noms sont gravés sur des pierres plates, les tombes sont regroupées par carrés, les couples reposent ensemble pour l’éternité, les trois derniers chiens ont une place privilégiée de l’autre côté de la chapelle. Elle sera la dernière demeure d’Alain Delon, tout près d’eux, quand la mort viendra. Le visage s’est durci, l’émotion le submerge, la voix se trouble.
“Vous voulez entrer dans la chapelle ?” Un autel et des chaises, des bougies, des dalles, emplacements mortuaires pour six personnes. Le sien est derrière l’autel.

“Voilà, ma tombe sera là. Les autres feront ce qu’ils voudront. Maintenant, venez, je vais vous montrer un endroit où personne n’est jamais venu.”
C’est une petite maison à quelques pas. Très simple. Un salon aux dimensions réduites, une salle de bains, et surtout, une pièce crépie dans laquelle trône un lit de cuir noir qu’il confie avoir acheté avec son premier cachet d’acteur. Sur la table de nuit, une photo avec sa fille Anouchka.
“C’est là que mon corps sera exposé pour qu’une quinzaine de personnes, pas plus, viennent se recueillir.”
Tout est prêt, donc. Il devine le choc que cette découverte occasionne.
Précise :“ J’organise.”
Il ne pleurniche pas sur son sort. Jamais. C’est Delon. Après lui, il ne sait pas ce que deviendra cette propriété chérie depuis plus de quarante-cinq ans, cette maison du bonheur qui a résonné de mille rires. Pour l’instant, donc, il maîtrise. Comme il l’a toujours fait. »

Delon a un statut d’intouchable mais on sent bien, du côté de la piétaille bien-pensante, que tous se tiennent prêts à déchiqueter sa dépouille et pisser sur sa tombe. Du côté de la famille, la pression est au maximum avec les révélations de mauvais traitements ou d’une éducation trop « virile » sur l’un de ses fils (Anthony). Les méthodes dures d’un père qui a été placé en famille d’accueil à l’âge de 4 ans. Ne soyons pas illusionnés : il y a Delon et il y a Alain, qui ne sont pas les mêmes, ne jamais confondre le réel et l’imaginaire sinon on va au devant de graves désillusions.

Delon porte en lui « tous ceux qui sont partis »

On comprend que Delon vit dans son imaginaire, celui des rôles qu’il a tenus, et qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Les grands films sont éternels, et l’acteur ne peut pas supporter de se voir, de voir qu’il est le dernier géant. Il porte le poids des morts, le poids des grands morts du cinéma. Dans le genre superstar, personne n’a repris le drapeau, il y a un vide générationnel. La figure du héros n’a plus la cote, aujourd’hui c’est l’anti-héros anti-viril qui prédomine. Peut-être faut-il y voir une partie de l’explication de la désaffection populaire pour le cinéma actuel...

Delon n’était (il est vivant mais ne tourne plus) pas un comédien, au sens de Jean Rochefort ou de Jean-Pierre Marielle, mais un acteur, et un acteur magnétique. Et le magnétisme, ça ne s’explique pas. Ce n’est pas une question de plastique, même si ça y contribue : Delon c’est l’image du mec viril, silencieux, intransigeant, dangereux, tout ce que les jeunes hommes veulent être. C’est comme ça, c’est l’instinct viril.
La meilleure illustration, Le Samouraï, où le héros est silencieux comme un flingue :

Delon a incarné cela, c’est pourquoi sa présence est aussi forte dans les films, dans les esprits, surtout depuis que les temps ont changé : le virilisme est devenue une survivance, et le Système fait tout pour l’éradiquer. Logique, c’est la dernière ligne de résistance au mondialisme (féminisme, homosexualisme, antiracisme et compagnie).

À côté de ces grands souvenirs, de ces incarnations successives, le réel ne peut être que décevant, et le réel ce sont les rapports familiaux, filiaux, les embrouilles professionnelles (et le cinéma est une embrouille permanente), on pense à sa réputation de lâcher en dernière minute des tournages pour lesquels il avait donné son accord. Mais les rois ont tous les droits.

Le Clan des Siciliens en musique, le film préféré de Chirac, qui a dû le voir plus de 100 fois [2] :

Une interview inédite de Delon par nos amis suisses en 1990 :

« Moi je ne suis pas de nature si vous voulez qui accepte, moi je suis quelqu’un qui combat, je suis quelqu’un qui répond »

Delon n’a pas arrangé son cas en appelant Le Pen pour le féliciter :

Il est obligé de s’expliquer son son amitié avec le patron du FN :

Mais la vie d’Alain Delon n’est pas que cinéma d’un côté et vie banale de l’autre. Parfois, les deux se mélangent, et cela a donné l’affaire Markovic. Résumé par le meilleur des canards télé, Télé Star, avec en prime une analyse de Monsieur K, toujours à l’affût d’un mystère :

« Le 1er octobre [1968], Monsieur Haro, ferrailleur, découvre un étrange paquet sur une décharge publique de la commune d’Elancourt, dans les Yvelines. L’objet est long, volumineux, constitué d’une housse à matelas qui semble renfermer quelque chose. À l’intérieur, le cadavre décomposé d’un homme. Une découverte sordide mais banale pour les enquêteurs de la PJ de Versailles. Trois jours plus tard, la victime est identifiée. L’homme de 30 ans s’appelle Stefan Markovic, obscure petite frappe yougoslave dont l’employeur porte, lui, un nom nettement plus connu : Alain Delon qui tourne à ce moment-là à Saint-Tropez le thriller de Jacques Deray, La Piscine, qui marquait les retrouvailles de l’acteur avec Romy Schneider, la vedette des Sissi, cinq ans après leur séparation en décembre 1963.

Sitôt le nom d’Alain Delon publié dans la presse, le banal fait divers se meut en un feuilleton qui enflamme l’opinion. On apprend que Markovic, sorti de prison après une histoire de vol qualifié, avait été recueilli par le comédien qui l’avait installé dans son hôtel particulier de l’avenue de Messine, à Paris. C’est Milos Milosevic, ex doublure et ami de la star, découvert “suicidé” dans un hôtel de Floride après avoir séduit l’épouse d’une vedette hollywoodienne, qui avait présenté Markovic à Delon. Ce dernier, en souvenir de son ami disparu, avait engagé Stefan. Le bad boy yougoslave à gueule d’amour, rentré illégalement en France en 1958, volontiers flambeur et bagarreur, servait de factotum au couple Delon, garde du corps, secrétaire, chauffeur et accessoirement amant de Nathalie, l’épouse d’Alain.

Très vite, des rumeurs sans fondement désignent Delon comme le commanditaire ou pire, l’auteur du meurtre de Markovic ! Les amateurs d’exégèse au rabais lancent que la vedette aurait été contaminée par ses rôles de méchant. Or, le comédien a un alibi puisqu’il tournait dans le sud de la France. Mais ses relations sentent parfois le soufre, comme son amitié pour François Marcantoni. Ancien résistant devenu figure du Milieu, témoin de mariage des Delon, il est aussi propriétaire d’une maison située non loin de l’endroit où a été retrouvé Markovic. On sait aussi que l’acteur souhaitait licencier son homme à tout faire, furieux de sa complicité un peu trop câline avec Nathalie Delon. Des témoins évoquent une violente dispute entre les deux hommes, avant que Markovic ne claque la porte, avenue de Messine, en proférant un chapelet de menaces à l’adresse du couple. »

Et encore, ça c’est la version officieuse officielle...
La vie d’Alain Delon renferme encore de nombreuses portes fermées. Nous y reviendrons.