Grâce à Facebook et à la "justice", Gad Elmaleh risque d’obtenir l’identité de CopyComic

E&R
12/04/2019
11:32

Grâce à Facebook et à la "justice", Gad Elmaleh risque d’obtenir l’identité de CopyComic

L’affaire Elmaleh contre CopyComic est pour nous l’occasion de vous repasser la chanson de Guy Béart, La Vérité.

CopyComic n’a pas menti, il a juste prouvé que Gad Elmaleh avait emprunté nombre de sketches à des auteurs étrangers. Cela a suffi pour que le faux humoriste mobilise un pool d’avocats et cherche à bloquer les preuves en vidéo de ses emprunts sur l’Internet, puis à découvrir l’identité du justicier.

Nous sommes évidemment dans le monde à l’envers, où l’argent renverse toutes les valeurs. Mais nous ne sommes pas sûrs que l’emprunteur ait pris la bonne décision en faisant jouer sa surface financière et ses réseaux contre un seul homme. Franck Dubosc, récemment, a pu voir l’état de ses entrées depuis qu’il a insulté les Gilets jaunes. Il a même pleuré en plateau pour se faire passer pour une victime. Si des hommes politiques et des journalistes ont été déboulonnés par les vagues successives de Gilets jaunes, on constate que les stars n’y ont pas échappé. Elles se révèlent sous leur vrai jour, qui est parfois très sombre.

Invité par Nikos Aliagas sur Europe 1 pour s’expliquer – tout le monde n’a pas cette chance –, le faux humoriste a botté en touche avec des arguments très personnels et du coup, pas plagiés pour un sou. Heureusement, les questions et les relances du « journaliste » étaient tout sauf inquisitrices. On est sur Europe 1, merde, quand même ! Et puis ce mot, « rumeurs » accolé à « plagiat », ça veut tout dire... Bientôt ce sera le complot anti-Elmaleh !

 

Grâce à ses avocats, pas un mais plusieurs, ce qui est un signe de richesse et de pouvoir, le faux humoriste a obtenu de Facebook que des informations lui soient livrées sur le compte de CopyComic. Pour Le Parisien, qui détaille l’affaire dans son édition du 10 avril, le faux humoriste « pourrait même avoir gagné une bataille décisive dans cet affrontement à vannes mouchetées ». Ce dont nous ne sommes pas si sûrs. Car il y a la justice des hommes, souvent pervertie par les rapports de classe (le riche a l’avantage sur le pauvre et peut donc l’entuber tranquillement), et il y a la justice de Dieu. La justice de Dieu n’est pas une expression facile ou en l’air : elle correspond à la puissance de la morale (ou du Temps pour les plus rationalistes) sur les décisions « humaines », en gros le vrai Bien contre le faux bien.

Fou de rage après les révélations de CopyComic, Elmaleh a donc décidé de l’attaquer sur le plan de la justice, car il ne répond en rien sur l’origine des sketches en question, qui sont effectivement plagiés de A à Z. C’est le juge du tribunal de grande instance de Paris – que de grands mots pour une fonction somme toute normale – qui lui a obtenu cette assignation. CopyComic a donc reçu le mail suivant de Facebook :

« Notre client, Facebook Ireland Limited, a reçu une assignation du tribunal de première instance de Paris dans l’affaire 19/385 demandant à Facebook Ireland Limited de fournir à Isabelle Wekstein-Steg (NDLR, l’avocate de Gad Elmaleh) certaines informations concernant votre compte. En conséquence, nous vous informons que Facebook Ireland Limited fournira à Isabelle Wekstein-Steg les informations de base disponibles sur l’abonné ("BSI") pour votre compte d’administrateur de la page Facebook ».

La technique est aussi simple que perverse : le défenseur du faux humoriste estime qu’en reprenant les sketches en question de Gad Elmaleh dans le but de prouver qu’ils étaient plagiés, CopyComic a enfreint les lois sur les droits d’auteur, puisqu’il a sans autorisation diffusé des extraits de sketches dont il n’avait pas les droits. On simplifie, mais ça revient à ça. CopyComic aurait donc dû prouver les plagiats d’Elmaleh sans montrer les sketches prétendument écrits par Elmaleh...

Un lecteur nous a envoyé ce matin cet extrait de Tout le monde en parle du 25 novembre 2000 où Ardisson et Baffie se moquent ouvertement de l’inspiration de Gad Elmaleh. Comprendre que dans le métier, tout le monde savait déjà les méthodes du faux humoriste... plus ambitieux que drôle, plus pressé de réussir que de faire confiance à sa propre inspiration.

Ardisson, qui est passé de l’autre côté, ne se permettrait plus une telle insolence aujourd’hui !

L’image de Gad Elmaleh ne devrait pas sortir grandie de cet épisode détestable, il aurait dû avouer tout de suite son forfait et on n’en aurait plus parlé. Ou alors un petit peu, de temps en temps, vous nous connaissez, on a ce côté taquin. Désormais, plus il va attaquer ceux qui dénoncent son système de préhension des vannes, plus il va s’enfoncer. Son avocate, contactée par Le Parisien, essaye justement d’édulcorer le côté répressif de l’opération Facebook :

« Aucune plainte n’a été déposée ni aucune assignation délivrée. Il s’agit d’une ancienne démarche diligentée par mes soins il y a plusieurs mois, dans le cadre de procédures automatiques de demandes de retrait de vidéos, mises en place depuis plusieurs années. Je ne l’ai pas poursuivi et je n’ai rien engagé depuis à l’égard de Facebook ou de quelque plateforme que ce soit. »

On y croit ! C’est pas de chance si Elmaleh obtient l’identité de CopyComic... En tout cas, merci au réseau social de balancer l’identité de ses clients. On s’en souviendra.

Dans le milieu, tout le monde sait qui pique quoi et à qui. Il a fallu attendre qu’un archiviste bien organisé démontre les vols à l’étalage pour qu’un peu de morale et de justice commence à régenter la vie agitée des humoristes. La presse, elle, n’a rien dit, comme toujours, et la télé, grande consommatrice d’humoristes, n’avait évidemment pas intérêt à révéler la foire d’empoigne.

Cette affaire aura au moins apporté une chose : chaque apparition d’Elmaleh est depuis une source de quolibets et de vannes. Mais celles-là, on est sûr qu’il ne les reprendra pas !