Guillaume Faye par ceux qui l’ont connu

E&R
12/03/2019
34:51

Guillaume Faye par ceux qui l’ont connu

Né en 1949, Guillaume Faye a été une figure majeure du GRECE et un collaborateur de premier plan d’Éléments des années 1970 jusqu’au mitan des années 1980, une époque prolifique durant laquelle il publia son maître ouvrage Le système à tuer les peuples, aux éditions Copernic.

Guillaume a longtemps enchanté ses amis avant de les faire déchanter, les a fait rire avant de les faire pleurer de rage devant ses revirements et ses reniements. Souvenirs et témoignages de Claude Chollet, Pierre Bérard, Michel Marmin, Philippe Milliau, Alain Lefebvre, Tristan Mordrelle et Michel Dejus.

Guillaume, poète et boxeur
Par Claude Chollet, président de l’OJIM, ancien président du GRECE

J’ai connu Guillaume à l’orée de nos vingt ans, à la fois à Sciences Po Paris et à l’école de formation du GRECE (Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne), au sein de la promotion « Nietzsche ». J’ai suivi ensuite ses activités une bonne douzaine d’années. Aussi bien ses écrits (souvent fulgurants, au sens étymologique, qui frappe comme la foudre) que ses conférences dont quelques-unes que nous avions faites en commun, en Grèce notamment. Je l’ai ensuite perdu de vue et pendant fort longtemps, lors de sa période que je qualifierais volontiers de quasi délirante allant des blagues de potache sur Skyrock aux revirements politiques improbables. Une tranche de vie où l’alcool et quelques substances illicites prenaient beaucoup de place.

J’ai revu Guillaume trois fois sur son lit d’hôpital où il devait mourir. Pudique, émouvant, lucide, ne se plaignant jamais, il ressemblait à un vieil oiseau déplumé. Quoique très affaibli nous avons pu parler littérature, politique et de son prochain livre, celui qu’il ne terminera pas.

Je ne garderai pas l’image du penseur (trop inégal mais avec des pointes de génie) ni celle du polémiste (qui savait être fort drôle avec malice) mais celle du poète et du combattant. Guillaume était avant tout un artiste avec ses incohérences, ses lubies, ses moments de génie, ses dons de créateur qu’il gaspillait allègrement. Son enregistrement « Avant-guerre », où il décrit la lutte de la Fédération (l’Europe) contre l’Empire (américain) n’a rien perdu de sa puissance évocatrice. Guillaume était aussi un combattant, un boxeur qui a boxé sa vie, généralement contre les règles, très souvent contre lui-même, mais toujours avec générosité. La fin des rounds est toujours la même, et pour tous. Mais, au cours des combats, parfois rudement à terre, souvent mal en point, il s’est à chaque fois relevé, jamais abattu. Sur son épitaphe il a mérité celle d’Arthur Cravan : poète et boxeur. C. C.

« Je regrette qu’il nous ait interdit de le regretter »
Par Alain Lefebvre, directeur de publication d’Éléments

Avec Guillaume Faye, je n’ai que de bons souvenirs personnels. Plus particulièrement cette soirée passée chez moi, à l’issue d’un repas copieusement arrosé, à l’occasion de laquelle il déclama sa version désopilante de la Cigale et la fourmi. Nous étions dans les années 80, il n’avait plus vingt ans, mais il était resté le jeune homme facétieux qui alternait les papiers profonds et les conférences pertinentes avec d’inénarrables blagues de potache qui ont fait son succès sur la radio de rockeurs qui hébergeait ses folies.

Ces folies se sont vite conjuguées au singulier doté d’une majuscule. De délires en revirements, de manies en reniements, et d’aigreurs en agressivité, il s’enfonça et tenta bientôt de nous enfoncer également. Sa disparition ne suffit pas à rendre ses dernières saillies et ses derniers actes pardonnables. Je regrette ainsi vivement qu’il se soit rendu irregrettable. Difficile de faire plus moche comme sortie. A. L.

Post Scriptum : Je ne voudrais pas que l’on puisse penser que j’ai oublié la contribution majeure de Guillaume Faye à la constitution d’une pensée rebelle et dissidente. Son Système à tuer les peuples restera pour moi un livre fondateur. Sa lente et continue dérive vers une islamophobie monomaniaque, obsessionnelle et rabique n’en est que plus incompréhensible. A. L.

Un incontestable talent d’animateur
Par Michel Marmin, cofondateur d’Éléments

Par absence d’affinité et sans doute aussi par méfiance, je n’ai jamais entretenu de relations étroites avec Guillaume Faye, même à l’époque, dans les années 1970, où nous nous côtoyions dans les réunions du GRECE ou dans le cadre de la revue Éléments. Mes souvenirs le concernant sont donc distants, dans tous les sens du terme. Rétrospectivement, je lui reconnais toutefois un incontestablement talent d’animateur, capable d’inventer n’importe quoi pour emporter l’adhésion d’un auditoire, mais aussi de mettre en scène avec brio, par la voix et par la plume, les idées qui sortaient alors toutes chaudes du creuset de la Nouvelle Droite. Quelques bons textes, dont Le Système à tuer les peuples (1981), témoignent d’un vrai talent de vulgarisateur.

Mais a-t-il accouché, lui, du moindre concept novateur ? Je ne le crois pas. L’achéofuturisme est à mon avis une fumisterie, tout juste capable de séduire des esprits intoxiqués par l’heroic fantasy et la science-fiction américaines, niveau école maternelle. C’est du reste un domaine où il avait des dispositions qu’il aurait pu développer, à preuve Avant-guerre, une BD illustrée par les frères Éric et Jean-Marc Simon (1985), à l’égard de laquelle je cultive une certaine faiblesse… Et puis, Guillaume Faye, dévoré de ressentiments à l’endroit de certains amis infiniment plus productifs que lui, conscient probablement de ses insuffisances, a sombré dans un cycle de petites vilénies personnelles franchement « dégueulasses », comme dit Belmondo dans À bout de souffle, animé par une méchanceté et une jalousie qui n’étaient malheureusement pas imprévisibles. L’ayant rapidement et soigneusement perdu de vue, et n’ayant évidemment pas cherché un instant à le revoir, il était depuis très longtemps sorti de mon cerveau. Il n’y est revenu, ce 7 mars, que pour en ressortir définitivement. M. M.

Oublier le clown triste qu’il fut trop longtemps
Par Tristan Mordrelle, membre du GRECE

C’est un signe inexorable de vieillissement que de voir ses amis, ou ceux qui le furent, passer de vie à trépas. Un avis de décès est aussi l’opportunité de faire un retour en arrière et de regarder avec lucidité le chemin parcouru.

J’ai rencontré Guillaume pour la première fois en 1977 quand mes pas m’ont conduit à franchir pour la première fois la porte des bureaux du GRECE. À partir de ce jour, nous chemins n’ont cessé de se croiser et nous avons collaboré ensemble durant sept ans aux activités d’animation de cette association. Présidé par la figure du commandeur de Pierre Vial, géré par le très efficace Philippe Milliau, le GRECE était alors une machine de guerre redoutable à laquelle Guillaume apportait des munitions en grand nombre que nous, soldats de l’agit-prop culturelle, utilisions à profusion.

À la tête du Secrétariat études et recherches, Guillaume se révélait d’une fécondité rare, multipliant des textes comme la première mouture du « Pourquoi nous combattons » qui reste à mes yeux comme un des meilleurs manifestes de ce que nous sommes.

La deuxième partie de sa vie ?
Un calvaire pour lui et un martyre pour ses amis

Intellectuel engagé, Guillaume se voulait aussi un militant et il a toujours mené de front ces deux activités, ce qui le rendait très populaire auprès des adhérents du GRECE et de tous les jeunes gens qu’il rencontrait.Les meilleures choses ont une fin et vers 1985, le secrétaire général Jean-Claude Cariou et moi-même avons été conduits à quitter le GRECE en raisons de divergences pour des raisons de fonctionnement interne et non de fond. Guillaume est resté quelque temps au sein de l’association mais la belle mécanique était cassée et il a choisi de s’en éloigner et d’entreprendre un chemin baroque qui l’a conduit à brûler la chandelle par les deux bouts. J’ai fait un choix inverse en considérant que les raisons de mon départ étaient secondaires par rapport à mon engagement. Après une brève traversée du désert, j’ai progressivement retrouvé mes amis et le combat continue à ce jour.

La dernière partie de la vie de Guillaume fut un calvaire pour lui et un martyre pour ses amis. Capable de fulgurances éblouissantes, elles s’ensevelissaient sous la fange d’un homme miné par l’alcool et les excès. J’ai encore en mémoire des moments particulièrement pénibles où il fallait le maîtriser pour éviter des gestes déplacés ou encore des appels téléphoniques en pleine nuit où je devenais la cible de délires meurtriers.

Heureusement, je suis convaincu que l’histoire des idées sera clémente et saura reconnaître le créateur et l’iconoclaste qu’il fut et qu’elle oubliera le clown triste qu’il fut trop longtemps. T. M.

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Le dernier entretien de Guillaume Faye sur TV Libertés