À la droite d’Hitler : les Mémoires de Nicolaus von Below, l’aide de camp du Führer

E&R
16/05/2019
07:11

À la droite d’Hitler : les Mémoires de Nicolaus von Below, l’aide de camp du Führer

À la droite d’Hitler, est-ce possible, est-on tenté d’ironiser. Mais Hitler ne peut pas être classé à droite ou à l’extrême droite, et encore moins à gauche, malgré la tentation révolutionnaire des SA à la fin des années 1920.

Petite anecdote au sujet des sections d’assaut, ou Sturmabteilungen  : si cette milice hitlérienne s’est fait appeler « chemises brunes », un qualificatif resté aussi célèbre qu’infamant, c’est grâce au prix modique et à la disponibilité de cet uniforme sur le marché après le démantèlement de l’empire colonial allemand suite aux traités de la Première Guerre mondiale.

Chemises brunes, SA et SS

En 1924, un militant nationaliste allemand des Corps francs a l’idée d’acheter ce surplus qui deviendra l’uniforme des miliciens du NSDAP. L’élite SA sera décapitée en 1934 lors de la nuit des Longs couteaux. Quant aux quatre millions d’hommes de troupes, ils retourneront pour la plupart d’entre eux dans le civil avant d’endosser l’uniforme de la Wehrmarcht en 1939, puis versés dans la division Feldherrnhalle, qui disparaîtra corps et biens à Stalingrad en 1942 et en 1944 près de Minsk.

La SS, la nouvelle garde prétorienne du Führer, fondée en 1925, s’habillera elle de noir. la Wehrmacht sera soulagée par le démantèlement de la SA en 1934, mais la SS constituera un nouveau problème pour elle et ses cadres, en majorité issus de la noblesse allemande.
Voilà pour l’anecdote historique, passons à l’actualité.

Mémoires

C’est justement un de ces officiers (de la Luftwaffe), Nicolaus von Below, au contact direct d’Hitler de 1937 à 1945, du début des hostilités internationales à la fin dans le bunker, qui publie dans les années 1980 (en Allemagne) ses mémoires sur l’homme providentiel de l’Allemagne et de l’Autriche. Naturellement, et la presse s’empresse de le préciser, von Below n’a d’yeux que pour son chef, qu’il côtoie et conseille, ce qui donne un récit plutôt partial :

« S’il est inquiétant, c’est que sous la plume de son serviteur enamouré, Hitler apparaît comme un homme somme toute “normal” et même cordial, très loin de l’imagerie qui en fait au mieux un psychopathe impulsif, au pire un monstre délirant. »

Le Figaro du 16 mai 2019 poursuit, tout en nous prévenant que von Below écrit « sous hypnose » :

« À l’époque où von Below, qui n’appartient pas au parti nazi, entame son récit, Hitler est au zénith de sa popularité. Il faut lire ce livre pour réaliser à quel point l’homme a été adulé par le peuple allemand, notamment durant l’Anschluss. La dimension thanatocratique du nazisme n’est encore que virtuelle et Hitler apparaît comme un César qui a remis l’Allemagne debout tout en nourrissant des goûts d’esthète. Les passages sur la famille Wagner qui l’accueille durant le festival de Bayreuth sont, à cet égard, saisissants. »

Heureusement, au milieu d’une forêt de propos préventifs en tout genre (un jour on va avoir un Taguieff avant chaque article sur Hitler), il reste des informations dignes d’intérêt :

« Ce dédoublement moral n’empêche pas la lucidité stratégique de von Below de s’exercer. Il comprend, dès 1943, que la guerre ne peut plus être gagnée. Ses comptes-rendus sur les rencontres Hitler-Franco et Hitler-Pétain sont très intéressants. On vérifie le peu d’estime qu’Hitler avait pour ces deux chefs qui refusaient de le soutenir contre l’Angleterre. On vérifie aussi à quel point, heureusement pour l’Europe, aussi intelligent fût-il, Hitler était borné par son racisme primaire. Pour lui, les Anglais sont un “peuple de seigneurs”, les Slaves sont des barbares ou des sous-hommes et les Français et les Italiens des dilettantes. Le IIIe Reich ne pouvait l’emporter qu’en écrasant sous lui tous les autres peuples d’Europe. C’est l’idéologie nazie elle-même qui était démente encore plus que l’homme qui l’a portée. »

Le racialisme, effectivement, ne mène nulle part, et certains dirigeants ou politiques actuels feraient bien de s’inspirer de cette conclusion. On relève toutefois une contradiction embarrassante dans ce paragraphe : peut-on être à la fois « aussi intelligent » et « dément » ? La question est posée aux psychiatres et aux historiens.

Gérard Collard, le libraire bien-pensant préféré des médias, devenu celui de Sud Radio, commente la sortie de ce livre avec le sentiment de supériorité des antifascistes une fois le danger fasciste écarté :

« Déjà c’était une grosse feignasse, il se levait pas avant midi... Il ne faisait que parler, il leur donnait des ordres comme ça, il fallait traduire par mots ce qu’il voulait dire, ce qui souvent voulait pas dire grand-chose... »

Pour éviter de rester sur cette piètre recension par une folle du mondialisme, nous avons retrouvé une analyse un peu plus sérieuse :

« Nous avons là la relation de la collaboration étroite entre un jeune officier et le dictateur nazi sur huit années. Below admirait le Führer, qui semble l’apprécier tout particulièrement. On découvre un Hitler affable, amical, capable d’écouter, prompt à se remettre en cause et faisant preuve de discernement : bref, tout le contraire de ce qu’on lit le plus souvent…
[...]
Le grand intérêt de l’ouvrage est de découvrir la vie quotidienne dans l’entourage de Hitler, à la chancellerie, au Berghof, mais aussi à la Wolfsschanze et dans tous les quartiers-généraux que le dictateur a occupés, y compris son train spécial “Amerika”. Je partage l’opinion formulée par Jean Lopez dans l’introduction : les lignes consacrées aux journées précédant l’entrée en guerre en 1939 sont particulièrement instructives. La période des années 1930, largement couverte, est sans doute la plus passionnante.
[...]
On est également surpris quand Below suggère que Hitler aurait envisagé dès le début la possibilité d’une campagne contre l’Union soviétique en deux temps, avec une seconde opération en 1942. Il est au final beaucoup question de politique et de stratégie. Très intéressant pour les passionnés. »

À propos de la folie de Hitler, voici un court passage en anglais où Heinz Linge, le majordome en chef d’Hitler, évoque la moralité de son employeur (à partir de 1’34) :

Le journaliste : « De votre point de vue personnel, c’était un bon patron ? »
Heinz Linge : « Je dirais que je n’aurais pas pu avoir un meilleur maître. »

Il y a très peu de documents disponibles en ligne sur les SA, cette organisation anticapitaliste révolutionnaire allemande créée en 1921 à partir de la dissolution des corps francs. Quand on cherche « section d’assaut » ou « chemises brunes » sur l’Internet, on tombe sur le groupe de hip-hop gentillet de Maître Gim’s Sexion d’assaut ou sur les gentils bourgeois-rockers de BB Brunes, autant dire chou noir et chou blanc.

Voici le peu d’images qu’il reste – avec les sempiternels avertissements de la Censure, comme si en haut lieu on avait encore peur d’une résurgence – sur le putsch de 1923 organisé par Hitler et mené par 2 000 membres du NSDAP plus 2 000 SA :

Personne ne pouvait imaginer, 10 ans plus tard, que les policiers et soldats qui lui étaient opposés par le régime de Weimar seraient alors dans sa main et le fêteraient en vainqueur.