Les Européens commencent à grogner devant les sanctions américaines

E&R
18/05/2018
11:24

Les Européens commencent à grogner devant les sanctions américaines

Si Trump et Netanyahou sont d’accord pour relancer une crise internationale en attaquant l’Iran, pour l’instant de manière verbale et économique (on ne compte pas les déstabilisations par la CIA des minorités ethniques en iran et les éliminations de savants iraniens par les services du Mossad), les États-Unis et Israël n’ont pas les mêmes intérêts dans l’affaire.

Les Américains, à travers la dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien – que les Iraniens ont jusque-là respecté, ce que les Européens soulignent – cherchent surtout à atteindre la puissance économique européenne. Le fait que de grands groupes européens soient en bonne place pour remporter des contrats géants en Iran est une bonne raison pour leur imposer des sanctions en cas de poursuite de leurs activités extérieures dans un pays prétendument dangereux pour la paix.

Les Israéliens, eux, cherchent à limiter l’accroissement de la puissance régionale iranienne, qui est justement le fait des erreurs de calcul israéliennes. Car on ne peut pas toujours tout contrôler : en faisant détruire l’Irak par les États-Unis en 2003, puis la Syrie par les « proxis » djihadistes en 2011, les Israéliens ont ouvert la porte à l’armée iranienne chez ses deux grands voisins. Les Iraniens sont maintenant aux portes d’Israël.

Le déclenchement du conflit yéménite, entre autres pour fixer et affaiblir une partie du soutien militaire iranien, n’a pas suffi à freiner le pan-iranisme. L’Arabie saoudite est exsangue, le pays n’a plus de tête, son armée est défaite par les Houthis. Dernier point noir pour Israël, le changement d’alliance de la Turquie a mis un terme (provisoire) à la création d’un Kurdistan au nord de la Syrie et de l’Irak. Le Grand Israël attendra.

Du côté européen, on commence à en avoir marre des sanctions permanentes imposées par le grand frère américain. Même le président Juncker s’est fendu d’une petite sortie à la limite de la rébellion. Il a pour cela exhumé un texte datant de 1996 qui permet à l’UE de dire « merde » aux Américains. Pas touche au grisbi en Iran ! Jean-Claude réussit d’ailleurs un joli lapsus en parlant de « sanctions européennes » en lieu et place de « sanctions américaines ». L’Europe serait-elle en train de se construire contre l’Amérique ?

Jeudi 17 mai 2018, c’est le ministre des Finances Bruno Le Maire qui donnait un grand entretien au Figaro, expliquant qu’il fera tout pour maintenir l’accord sur le nucléaire iranien avec ses partenaires européens. Hélas, c’est ce pauvre Le Drian qui a été envoyé négocier la petite fronde anti-américaine avec les dits partenaires européens... Peut-on attendre quelque chose de bon de ce larbin de l’axe américano-israélien, lui qui nous a refait le coup de la « ligne rouge » en février dernier ?

On vous passe une partie de la première réponse du ministre, un langage étonnant de la part de politiques qu’on aurait cru soumis à tout jamais...

« Depuis la signature de l’accord en 2015, le montant des exportations engagées par la France vers l’Iran est passé de 500 millions d’euros à 1,5 milliard. Cela touche divers domaines, qui vont de l’aéronautique à l’automobile, avec Renault et Peugeot, en passant par la santé avec Sanofi et d’autres secteurs comme l’agroalimentaire. De nombreuses grandes entreprises mais aussi beaucoup de PME sont désormais engagées en Iran. Nous souhaitons la préservation de l’accord, la sauvegarde des contrats qui ont été conclus entre les entreprises françaises et l’Iran et la possibilité pour la France et les pays européens de continuer à faire du commerce légitime avec l’Iran dans les conditions prévues par le JCPOA [Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NDLR]. Les sanctions économiques extraterritoriales ne sont pas acceptables. Les États-Unis n’ont pas à être le gendarme économique de la planète. Nous avons engagé deux séries d’actions. Des démarches des Européens vis-à-vis de l’Administration américaine pour demander des exemptions, des délais supplémentaires et le respect des contrats déjà conclus avant la décision américaine. Et une deuxième série de démarches en lien avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne auprès de la Commission européenne pour nous donner les moyens de défendre nos intérêts économiques face aux États-Unis. »

On se frotte les yeux : le petit Européen tient tête au géant Américain ! « Les sanctions économiques extraterritoriales ne sont pas acceptables. Les États-Unis n’ont pas à être le gendarme économique de la planète. » On croirait entendre Poutine ! L’Union européenne, qui est une création américaine, serait-elle en train de s’émanciper de sa génitrice ? On en est loin en vérité, la plupart des pays européens ayant renoncé à leur défense au profit du « bouclier » américain, qui fonctionne plutôt comme une protection à la mafieuse...

Cependant, cette tentative de politique indépendante a ses limites : les intérêts de ces mêmes grandes compagnies françaises aux États-Unis. Tout le monde se souvient du chantage à l’antisémitisme (bien pratique) exercé sur la SNCF pour l’ouverture de lignes TGV en Californie, ou bien les énormes sanctions financières infligées aux grandes banques françaises...

La conséquence de l’agression américaine contre l’UE est simple, et déjà visible : Russes et Chinois se ruent dans la brèche, eux qui n’obéissent pas au diktat de l’Oncle Sam. Leur puissance économique – pour la Chine – ou militaire – pour la Russie – les dispensent de la génuflexion à laquelle l’Europe nous a habitués.

Dans ce petit débat entre amis animé par une journaliste venue de la planète Brushing 434, on notera la présence de l’agent américano-sioniste Ivan Rioufol... qui finira par parler de l’islam conquérant. Et la première question choisie par l’envoyée de la planète Brushing 434, celle de l’internaute « Benjamin Bensaïd » (à 8’03) dont le numéro IP se situe probablement du côté de Tel Aviv...

La droite bourgeoise française n’est pas prête au grand élan de résistance nationale et européenne. Ce n’est plus dans ses gênes.