La gauche intellectuelle, journalistique et politique, ainsi que les centres droit et gauche réunis sous la bannière de Macron, ce « camp du Progrès » clamé haut et fort par Marlène Schiappa au soir des récentes élections européennes, a une histoire et des œillères sur sa propre idéologie. Le dire n’est pas nouveau mais une piqûre de rappel régulière est nécessaire, en particulier à l’usage des jeunes générations. C’est l’un des nombreux intérêts de ce nouvel essai, au ton journalistique, de Thierry Wolton, historien spécialiste du communisme. L’essai apporte nombre de faits avérés, de preuves des crimes commis et surtout, puisque tel est son objet, de démonstrations irréfutables des compromissions de la gauche avec le pire, tout au long du XXe siècle, avec l’un des plus meurtrierstotalitarismes que le monde ait connus, d’autant que ce communisme mortifère agissait justement à l’échelle mondiale. Cela a-t-il changé ? Pas entièrement. Wolton montre que l’état d’esprit est le même, encore aujourd’hui, un état d’esprit consistant à minimiser, à nier ou à déformer les crimes perpétrés au nom de cette idéologie, ainsi que leurs soutiens, dont certains sont devenus très influents, y compris parmi les amis du président. Il y a même une nostalgie du communisme. Que font BFM, France 2,etc. ? Il doit bien y avoir quelques petits livres rouges à débusquerici et là,non ? Paul Vermeulen • Thierry Wolton, Le Négationnisme de gauche, Grasset, 2019, 215 pages, 18 euros.
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Saint Colman de Dromore naît sur la côte occidentale de l’Ecosse. La tradition raconte qu’il reçut sa première formation de saint Calan, puis se perfectionna auprès de saint Ailbe, évêque d’Emly, en Irlande. Macanisius, son ami, lui dit que « Dieu attendait de lui qu’il bâtisse un monastère » en lui indiquant l’endroit, près de la rivière Lagan au sud-ouest de Belfast. Colman obéit à la voix de Dieu. Il eut pour disciple saint Finnian de Moville. Saint Colman mourut probablement vers le milieu du VIe siècle. On l’enterra dans son monastère de Dromore.
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En marge du SPIEF 2019, le ministre russe du Développement économique a déclaré dans une interview accordée à Bloomberg TV que le dollar perdait peu à peu de son influence sur le marché mondial, soulignant que le processus de dédollarisation se poursuivait dans le monde entier.
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Je voudrais signaler sans plus attendre deux excellentes revues parues en mai, craignant que ces numéros ne soient vite épuisés ou ne disparaissent trop tôt des bibliothèques publiques… C’est d’abord le numéro de mai-juin d’Una Voce, la revue de l’association bien connue de défense de la liturgie latine et grégorienne (fondée en décembre 1964 par des laïcs catholiques). Ce numéro consacre un dossier au latin. —Pourquoi cette langue liturgique plutôt que le grec ? Les pages du regretté Ivan Gobry répondent admirablement à la question. —Comment la pratiquer ?Sur ce point, la rédaction d’Una Voce a réalisé un exploit : faire parler les moniales du Barroux et de Jouques. L’abbaye Notre-Dame de Fidélité à Jouques (dans le nord des Bouches-du-Rhône, près de la Durance) est une fille de l’abbaye de Limon (Essonne) et donc une petite-fille des Bénédictines de Saint-Louis du Temple à Paris. Elle conserve, outre le latin, le souvenir de Mère Geneviève Gallois, grande dessinatrice et peintre, et l’on vient d’y tourner un très beau film (Leur souffle, voir Présentdu 23 mars 2019). Sœur Jeanne, chargée de l’enseignement du latin jusque dans la fondation du Bénin, fait part de son expérience et propose un commentaire merveilleux de l’oraison Oriaturdu samedi de la deuxième semaine de l’Avent. Quant à Notre-Dame de l’Annonciation au Barroux, est-il utile de rappeler que c’est, après Sainte-Madeleine, la seconde abbaye fille de Dom Gérard ? Si vous l’ignoriez, lisez la récente et très complète biographie de Dom Gérard par Yves Chiron. L’abbesse, Mère Placide, s’appuie sur le témoignage du poète Marie Noël, de sa propre communauté (où Polonaises et Américaines côtoient les Françaises), et des visiteurs qui assistent à la messe de l’abbaye, pour montrer l’efficacité de la liturgie latine et grégorienne. Les rédacteurs n’ont pas oublié que l’Eglise romaine, comme l’Enfant Jésus lui-même, a « hérité » de l’Empire romain (c’est le mot de Péguy dans Eve), de ses routes, de sa littérature. Christian Jaby, l’ancien professeur de latin de la khâgne de Strasbourg, consacre deux pages au « mystère de la IVe Eglogue » de Virgile – Virgile que la couverture de ce n° 322 nous montre, sur la mosaïque de Sousse (Tunisie), rédigeant l’Enéide entre deux muses, Clio pour l’histoire et Melpomènepour la tragédie. La IVe Eglogue, en réalité, est doublement mystérieuse : d’abord la Vierge, l’enfant, la « génération nouvelle » qu’évoque le poème sont-ils un pressentiment de la venue du Christ ? Ensuite, le rire des derniers vers est-il celui de l’enfant ou celui de sa mère ? Céline et Waugh Du latin, passons sans transition à l’anglais, avec le numéro « Spécial Londres » de la revue Lire. Je venais de relever, dans L’Age des extrêmesd’Eric Hobsbawm (le dernier historien communiste anglais, 1917-2012), cet hommage remarquable à deux écrivains classés à droite : « Seuls dans l’entre-deux-guerres, écrit-il, deux écrivains ultra-réactionnaires surent donner le sentiment que ce monde était une tragédie incompréhensible, ou plutôt, chez Evelyn Waugh, le plus grand romancier britannique de la période, une noire comédie pour stoïques, et, chez le romancier français L.-F. Céline, un cauchemar même pour les cyniques. »
La longue interview du romancier William Boyd, pâle successeur des Waugh et des Greene, dans ce numéro de Lire, m’a fourni incidemment une explication de la formule « noire comédie pour stoïques » : « La vie est une comédie absurde, dit Boyd, c’est la meilleure façon de la voir. Face à l’absurdité de l’injustice de la vie, il vaut mieux se dire qu’on est dans une comédie noire, qu’on ne peut rien y faire. C’est très écossais, ce stoïcisme ! » Ainsi, là où le Français voit dans le stoïcisme un courage, le Britannique y voit plutôt une résignation. (Ce ne fut pas, on le sait, la réaction de Waugh, qui se convertit au catholicisme en 1930, mais, au fond, c’est son humour anglais, son flegme, que Hobsbawm qualifie de « stoïque ».) Signalons à ce propos une petite erreur dans l’intéressante carte littéraire des quartiers de Londres fournie par Lire, qui nous invite à visiter le Coin des poètes à l’abbaye de Westminster, les manuscrits de Jane Austen et d’Emily Brontë à la British Library, ou à marcher sur les traces de Pound et Thackeray à Kensington, de Mary Shelley et Virginia Woolf à Bloomsbury, de Mr Pickwick, de Stevenson, Orwell et Waugh à Hampstead : le dernier nommé n’est pas né 145, North End Road (même s’il y passa son enfance), mais 11, Hillfield Road. On lira les pages amusantes consacrées à l’enfance de Waugh à Hampstead dans l’Evelyn Waughde Benoît Le Roux (L’Harmattan, 2003), seul ouvrage en français consacré à l’auteur du Cher Disparu. Il y a aussi dans Lireune page consacrée aux écrivains français à Londres : Voltaire et Montesquieu, Chateaubriand (mais André Chénier, qui fut secrétaire d’ambassade, est oublié), le discret Mallarmé, les scandaleux Verlaine et Rimbaud, les exilés Vallès et Zola (il aurait fallu ajouter Saint-Evremond, inhumé au Coin des poètes !), enfin Paul Morand et, last but not least, Louis-Ferdinand Céline. Citonsla fin de cet articled’Hubert Artus et Baptiste Liger : « Morand, attaché à l’ambassade de France en 1913, y retourne en 1939, cette fois en tant que directeur de la mission française de guerre économique. La guerre, encore et toujours, avec Louis-Ferdinand Céline – alors encore Destouches. Blessé dès les premiers combats en 1914, et réformé, il fut affecté au service des visas du consulat français en Angleterre. Des passages entiers de Voyage au bout de la nuit(1932) et de Guignol’s Band (1944)témoignent de la nostalgie des quartiers jadis hantés – Trafalgar, St Martin, Hyde Park et le port. Comme Mallarmé avant lui, il se maria d’ailleurs à Londres en janvier 1916. Et nul doute que ce satané Céline aurait fait une lecture très particulière d’une chanson comme All You Need Is Love. » On relève quelques erreurs dans ces lignes, mais la vie de Céline est trépidante et compliquée : il fut réformé en décembre 1915 seulement (c’est pourquoi il put être affecté dans l’auxiliaire à Londres pendant un an) ; son mariage au Register Officedu quartier St Martin (avec une entraîneuse française quittée aussitôt, et morte en 1922 en Allemagne) ne fut pas transcrit au consulat, ce qui lui évita toute procédure de divorce en 1919, quand il voulut épouser la fille du directeur de l’école de médecine de Rennes ; enfin, Céline n’évoque jamais Londres dans Voyage, confondu avec Bagatelles pour un massacre(décembre 1937), et Lireaurait dû rappeler que la deuxième partie de Guignol’s Bandfut même éditée chez Gallimard sous le titre Le Pont de Londres. Ce titre fut choisi par Robert Poulet (le grand critique qui collabora à Présent) pour publier au plus vite, en 1964, un manuscrit retrouvé de Céline (mort en 1961). Il a été repris à partir de 1972 dans la collection « Folio » à ses débuts (n° 230). Ensuite seulement, l’édition a été revue par le Pr Henri Godard sous le titre Guignol’s Band II. Ce numéro deLireest décidément une incitation à relire Waugh et Céline, comme celui d’Una Voceà relire Virgile. Bonne promenade donc aux amateurs de littérature antique ou moderne, dans ces deux revues datées de mai 2019. François LecomteUna Voce(7 euros ; 45, avenue Aristide-Briand, 92120 Montrouge). Ce n° 322 comporte aussi, outre les rubriques habituelles, un article de Jacques Dhaussy sur la musique religieuse de Berlioz et ses interprétations d’hier à aujourd’hui. •Liren° 475 (6,90 euros ; tél. : 04 88 15 12 41). Photo : Sur cette couverture de Marc Hanrez, Céline à Londres en 1915.
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Avec 25,9 % des voix et 48 députés, ce sont, comme le prévoyaient les sondages, les sociaux-démocrates qui sont arrivés en tête des élections législatives de mercredi au Danemark. L’actuel Premier ministre centriste, Lars Rasmussen, chef du Parti libéral arrivé deuxième avec 23,5 % des voix (43 députés) et leader du camp de droite (le « bloc bleu ») va donc devoir céder sa place au leader du camp de gauche (le « bloc rouge »), Mette Frederiksen, qui a indiqué mercredi soir son intention de former un gouvernement minoritaire avec son seul parti, sans chercher de coalition avec les autres partis de gauche. Le bloc rouge a obtenu en tout 49 % des voix et 91 sièges de députés sur 179 contre 41 % et 75 sièges pour le bloc bleu. Depuis 2015, Rasmussen était à la tête d’un gouvernement de coalition formé par son Parti libéral, l’Alliance libérale et le Parti populaire conservateur, avec le soutien au parlement du Parti du peuple danois en échange d’une lutte efficace contre l’immigration illégale et l’immigration de masse. Alors que le Parti libéral et le Parti populaire conservateur ont progressé, le bloc des droites a souffert du recul de l’Alliance libérale et de la débâcle du Parti du peuple danois, un parti « populiste » de droite principalement centré sur le thème de l’immigration. Ce Parti du peuple danois perd en effet 21 députés et n’en aura plus que 16, puisqu’il n’a été choisi que par moins de 9 % des électeurs mercredi contre plus de 21 % en 2015. Une petite formation située à droite de ce Parti du peuple danois, appelée Ligne dure, nettement plus radicale puisqu’elle va jusqu’à prôner l’expulsion des musulmans et l’interdiction de l’islam, n’a pas obtenu de député au Parlement. En revanche, la Nouvelle droite, elle aussi plus dure que le Parti du peuple danois, fait son entrée au Parlement avec quatre sièges. Ce résultat ne veut pas pour autant dire que le Danemark va maintenant se rouvrir à l’immigration illégale comme l’a fait l’Espagne il y a un an avec l’arrivée du socialiste Pedro Sánchez au gouvernement. Car si le Parti du peuple danois a reculé de la sorte, c’est aussi parce que les grands partis du centre droit au centre gauche ont intégré ses exigences en matière de lutte contre l’immigration. Cela vaut également pour le vainqueur de mercredi, le parti Social-démocratie, qui promet de maintenir les restrictions mises en place depuis 2015 et qui avait annoncé qu’il serait même prêt à s’appuyer sur le Parti du peuple danois pour s’assurer une majorité au Parlement, comme l’avait fait le bloc de la droite et du centre dirigé par Rasmussen. Point de diabolisation ni de cordon sanitaire au Danemark, et c’est grâce à cela que ce pays a su bien mieux gérer la grande crise migratoire de 2015-2016 que ses voisins germaniques et scandinaves. Selon les commentateurs danois, il est probable que Mette Frederiksen, la femme de 41 ans qui avait pris la tête de la Social-démocratie en 2015, cherche à s’appuyer sur les partis de gauche pour les questions sociales et sur ceux de droite pour les questions d’immigration. Car ce n’est pas contre la politique migratoire de plus en plus stricte qu’ont voté les Danois mercredi, mais contre la politique de rigueur menée par le centre droit, les sociaux-démocrates promettant une politique sociale plus généreuse. Photo : Mette Frederiksen
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De notre correspondant au Québec. – C’est une véritable bombe qu’a lancée la journaliste canadienne Lauren Southern avec son récent documentaire Borderless, diffusé gratuitement sur la Toile. Jeune vedette du Web, vous ne la verrez pas à Cannes ou à TF1 ; son message honnête et sans concession tranche trop avec le conformisme de ces cénacles bien-pensants. Et Southern préfère de loin la vérité au succès, quoique le nombre croissant d’internautes la suivant et finançant son travail d’enquête démontre que les deux ne sont plus nécessairement incompatibles. « L’Europe est un continent en crise » et les vagues de migration ont amené les « changements les plus drastiques » de son histoire. Pour mieux comprendre ce tsunami migratoire, la jeune journaliste d’investigation est partie à l’origine de ces flots, pour rencontrer les migrants à leur départ de Turquie ou du Maroc. Elle a observé et interrogé, puis est allée rencontrer ceux qui ont traversé, tant ceux qui sont parqués dans le camp de Moria sur l’île de Lesbos que ceux qui se sont fondus dans le décor. Le constat est brutal, « personne ne gagne dans cette situation », hormis les trafiquants humains qui s’en mettent plein les poches avec la complicité des ONG. Partis en vertu de fausses promesses, les migrants, qui sont avant tout des migrants économiques capables de payer des centaines, voire des milliers, d’euros pour la traversée, déchantent une fois arrivés en Europe. Ils sont nombreux à regretter ce voyage. Quant aux Européens, auxquels Southern a eu le courage de donner la parole, ils voient l’insécurité augmenter, les fonds publics drainés par les besoins des migrants et la qualité de vie diminuer. Le bilan de cette enquête menée aux quatre coins de la Méditerranée est sans appel : les migrations de masse sont un racket organisé qui fait beaucoup de victimes et qui ne rapporte qu’à une minorité sans scrupules. Pour regarder le documentaire : https://laurensouthern.net/borderless/   Photo : Lauren Southern, une jeune journaliste courageuse.
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Au Mesnil-Simon (Eure-et-Loir) Nicolas Malebranche (1638-1715), philosophe, prêtre oratorien, théologien, polémiste, est un peu (et même beaucoup) oublié aujourd’hui. A tort. Son œuvre, à commencer par De la recherche de la vérité (1674), fait de ce disciple de Descartes un élève qui, à bien des égards, sut dépasser le maître. S’il est enterré à Saint-Roch, à Paris, c’est au Mesnil-Simon, un petit village d’Eure-et-Loir, contigu des Yvelines, que l’on peut aller sur ses traces. Son père – la famille comptait treize enfants – y avait acheté une propriété en 1622. Mais, selon plusieurs historiens, la famille Malebranche possédait le fief du Mesnil-Simon (et ceux, voisins, des Millerus et de Maupas) depuis 1489. Le grand-père du philosophe était maire de Mantes (vers 1590) et son père, qui, par ailleurs, était trésorier général des cinq plus grosses fermes de France, était titulaire depuis 1617 d’un office de greffier au grenier à sel de la même ville de Mantes. La pierre tombale des parents de Nicolas Malebranche se trouve devant l’église (qui a, elle aussi, son histoire que je vous dirai peut-être un jour) du Mesnil-Simon, surmontée d’une stèle à la mémoire de cette famille qui fut présente et puissante dans la région. L’ensemble – et d’abord la pierre tombale – a été pillé et malmené à la Révolution, certes, mais on peut regretter que ce lieu mémoriel ne soit pas mieux mis en valeur, protégé, signalé par des panneaux indicateurs. D’autant que l’église (et c’est une triste constante de nos villages) est fermée la plupart du temps. Cela ne doit pas nous détourner de ce petit pèlerinage malebranchien au Mesnil-Simon où chaque année, en décembre, une crèche monumentale, installée sur la route principale, est présentée à l’admiration (et à la dévotion) des visiteurs. Pour la stèle, je vous indique ce qu’en disait en 1866 L.T. Chrétien, un auteur drouais, et je laisse le reste – et ces pauvres restes – à votre imagination : « Quatre petits piliers en brique d’un mètre environ supportaient la pierre tumulaire sur laquelle étaient représentés deux personnages : les figures, les pieds et les mains étaient incrustés de marbre blanc dans la pierre. Une inscription, plus grande, placée au-dessus des personnages, était sans doute l’écusson de la famille. A l’extrémité de cette pierre posée horizontalement s’élevait une pyramide quadrangulaire. Sur chacune des faces étaient gravés la généalogie, les titres et les qualités de la famille Malebranche. Une sphère couronnait cette pyramide. »
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Qu’un Anglo-Saxon vienne apprendre en France l’art viticole, voilà qui est désormais courant. Qu’il se mette en tête d’y découvrir le brassage l’est beaucoup moins. C’est pourtant le choix d’un Anglais aussi sympathique que fantasque : Tommy Barnes. Britpure souche, Tom a tout plaqué, studio minuscule, boulot stupide et métro bondé, même le merveilleux climat des rives de la Tamise, pour venir poser ses valises au sud de la Loire, dans un petit village qui fait face à la forêt de Richelieu. Fuyant, avec toute une génération, l’absurdité de la vie de bureau, le voilà décidé à devenir un brasseur de renom. Mais la route du houblon est semée d’embûches, et c’est dans un style tout à fait personnel, que notre sympathique rosbifnous narre ses innombrables péripéties. Un mélange de flegme britannique et d’ironie acide, exprimé dans la langue de Frédéric Dard, A.D.G. ou Michel Audiard, au choix. Soyez prévenus : lire Tommy Barnes en public vous exposera probablement à la réprobation générale, tant il vous sera difficile de réprimer le rire enfantin que suscite le récit minutieux de ces tribulations d’un brasseur. Chaque chapitre semble être un épisode des Pieds nickelés, dans lequel Barnes occupe le rôle principal, assisté de son berger australien, Burt, qui, sous ses airs innocents, semble décidé à lui faire la peau et à condamner la brasserie à l’échec. Braslou en France Un Anglais aussi attachant mérite bien qu’on le garde, Brexit or not, et que l’on aille flâner quelques heures du côté de Braslou – c’est le nom de son village –, de Richelieu, Marigny-Marmande ou Sainte-Maure-de-Touraine. Il est même possible d’aller prier Notre-Dame à L’Ile-Bouchard, à deux pas, pour le salut de ce Français de cœur qui doit encore avoir un solide fond huguenot. L’assimilation fonctionne encore, je vous l’affirme. En témoignent les quantités astronomiques de croissants que Barnes absorbe chaque matin, son amour déraisonnable pour le vin de garage d’un de ses voisins, sa fascination pour les truffes de Touraine et son immense respect pour le génie architectural des Français. Tommy Barnes en Touraine, c’est une sorte de Peter Mayle trentenaire, qui aurait pris les mauvaises habitudes – en fait, excellentes – du camarade Olivier Maulin. En observant les tribus gauloises depuis sa position d’expatrié, en les racontant avec la rigueur de l’ethnologue parfois aviné, il nous rappelle quelle chance nous avons d’être nés et de vivre dans un si beau pays. Un pays dans lequel chaque match de football amateur se termine autour d’une belle tablée, dans lequel les discussions de bistrot tutoient les sommets de l’art polémique, un pays dont le moindre village abrite un ou plusieurs trésors et dont les habitants préfèrent cultiver leur jardin ou jouer à la pétanque que regarder les cours de la Bourse. Fallait-il un aimable Godon pour que nous nous en souvenions ? Je ne sais ce que valent les bières de Tommy Barnes, si c’est un brasseur pitoyable ou un véritable génie, mais je suis sûr d’une chose : c’est un solide écrivain. • Une bière in the Loire, de Tommy Barnes, Michel Lafon, 295 pages, 17,95 euros.
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Nous commémorons cette semaine le massacre de la place Tiananmen, à Pékin, qui sonna la fin du maoïsme, du moins en France. A l’échelle de la Chine, Tiananmen,cette répression d’une révolte populaire spontanée, est un « pseudo-événement ». Que pèsent en effet les quelques milliers ou dizaines de milliers  de manifestants mitraillés, puis achevés, au regard de la population globale de ce pays-continent ? Rien, évidemment. Quand on interroge les Chinois de Chine, ils ne savent même pas de quoi il s’agit, ou n’en possèdent que la version du PC chinois. Cela fait drôle de lire, dans les pages du quotidienLe Monde, un dossier sur la répression meurtrière du 4 juin 1989. Le Mondeavait en fait été à la pointe de cette idéologie maoïste qui s’était emparée de la gauche française. Vous voulez quelques noms du maoïsme à la française ? Glucksmann (père), Serge July (fondateur de Libération), Etiemble (chroniqueur du Monde, précisément), Bernard Kouchner, Philippe Sollers, Alain Badiou, Julia Kristeva, Gérard Miller, Marin Karmitz, le père Cardonnel,etc. Oh ! certes, beaucoup n’étaient plus maoïstes le 4 juin 1989, ayant quitté l’orbite intellectuelle du Grand Timonier et de ses sbires et successeurs pékinois bien avant cette date : mais on a du mal à imaginer à quel point le maoïsme « éclaira » (sic), imprégna la pensée intellectuelle occidentale – surtout française – entre 1968 et 1989. Au Monde, le courant maoïste était représenté en premier chef par René Etiemble, qui signait chaque jour un billet d’humeur de première page. C’est lui qui, en 1975, avait béni le silence au Cambodge, quand ce silence était celui imposé par les Khmers rouges au prix de l’extermination de 1,5 million de personnes… L’année suivante, Etiemble publia toutefois une autocritique : Quarante ans de mon maoïsme, se voulant « examen de conscience d’un de ces imbéciles » adeptes du culte maoïste. Dans les colonnes du Monde, sévissait aussi, régulièrement, un dénommé Régis Bergeron (sans aucun lien de parenté, Dieu soit loué, avec le signataire du présent article !) qui vantait les charmes du communisme à la chinoise. Ce stalinien pur jus, ancien journaliste à L’Humanité, avait rompu avec le communisme français en 1965, et avait trouvé dans sa version prochinoise la poursuite de ses idéaux totalitaires. « Océan de bêtises et d’escroqueries intellectuelles » Le maoïsme français se développa dans ces années-là, émergea en mai 68, qui se voulait une copie française de la « révolution culturelle » chinoise, culmina entre 1972 (l’enterrement du maoïste ultraviolent Pierre Overney, tué à la sortie des usines Renault) et 1975 (victoire des Khmers rouges), pour péricliter ensuite et disparaître dans la honte de Tiananmen. Dans les années de maoïsme flamboyant, un intellectuel francophone, Simon Leys (pseudonyme de Pierre Ryckmans, attaché culturel belge à Pékin), va publier trois essais, Les Habits neufs du président Mao, Ombres chinoises, et Images brisées, entre 1971 et 1976, qui seront accueillis de façon assez – disons – polémique. Le journaliste Jean-François Revel se retrouve un peu seul quand il écrit : « Simon Leys, au milieu de l’océan de bêtises et d’escroqueries intellectuelles qui baignait les côtes poissonneuses de la maolâtrie intéressée de l’Occident, nous a un jour fait parvenir le message de la lucidité et de la moralité. » Car d’autres, en particulier dans les colonnes du Mondeet de Libération, se déchaînent : « Ces livres sont marqués du sceau de la rancœur et de l’hostilité la plus systématique envers la Chine » (Le Monde, janvier 1975). Simon Leys écrira plus tard : « Le Mondem’accusa de répandre des mensonges fabriqués par la CIA. » Parmi les plus virulents, on trouve Philippe Sollers, qui avouera cependant ensuite : « Trente ans ont passé […]. Disons-le donc simplement : Leys avait raison, il continue d’avoir raison, c’est un analyste et un écrivain de premier ordre, ses livres et articles sont une montagne de vérités précises » (Le Monde, 3 avril 1998). Mais cette lucidité dont parle Sollers avait brisé la carrière universitaire de Simon Leys, en France, interdit d’enseignement par un « clergé » maoïste dont le pouvoir de nuisance disparaîtra avec Tiananmen. Cet homme seul, en chemise blanche, face à la colonne de chars Tiananmen est une place du centre de Pékin. A partir d’avril 1989 se rassemblèrent là des étudiants, des ouvriers, des intellectuels, avides de liberté, avides de leur propre histoire. Ce mouvement correspondait, ici, à ce qui se passait en Europe de l’Est, et qui finit par faire tomber le mur de Berlin et le communisme européen. Mais en Chine, ce vent de liberté ne se termina pas aussi pacifiquement ni aussi heureusement. Le 4 juin 1989, le Parti communiste ordonna la répression de ces manifestations qui réunissaient des centaines de milliers de participants. La foule est mitraillée, les chars reçoivent l’ordre d’écraser les participants. Les témoins raconteront avoir vu des blindés rouler « sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une « pâte » avant que les restes soient ramassés au bulldozer », puis évacués au jet d’eau dans les égouts. Il est impossible de chiffrer le nombre de morts : plusieurs milliers. Dix mille, vingt mille, peut-être ? Il nous en reste l’image (prise le 5 juin 1989) de cet homme seul, en chemise blanche, face à la colonne de chars. « Tank man », comme il fut surnommé dans le monde entier, a sans doute été exécuté ensuite par la police politique. Tout ce qui précède explique pourquoi cet épisode sanglant de l’histoire du communisme chinois, qui en comporte d’autres, infiniment plus meurtriers, est important, pour nous Français. Il tourna définitivement la page de cette passion maoïste qui avait saisi la gauche intellectuelle, et aussi le catholicisme progressiste, il faut bien le dire. Demain, notre correspondant permanent aux Etats-Unis, Christian Daisug, reviendra sur l’hommage aux victimes, rendu cette semaine à Washington. Photo : « Tank man » le 5 juin 1989 sur la place Tiananmen.
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