13 février 1984 : un Jean-Marie Le Pen visionnaire crève l’écran

E&R
13/02/2020
01:20:21

13 février 1984 : un Jean-Marie Le Pen visionnaire crève l’écran

Nous voici dans l’émission L’Heure de vérité, diffusée sur Antenne 2, l’ancêtre de France 2, le 13 février 1984, un an après la rupture économique incarnée par le passage du socialiste dirigiste Pierre Mauroy au social-démocrate libéral Laurent Fabius. De Gros Quinquin le Lillois au fils de riches antiquaires parisiens bardé de diplômes. On a extrait deux morceaux de leur Wikipédia, l’encyclopédie en ligne qui éradique les dissidents et cache les ennuis des puissants :

Né en 1928 d’un père instituteur et d’une mère catholique pratiquante, Pierre Mauroy est l’aîné d’une famille de sept enfants. Son père installé à Haussy, il devient élève des lycées de Cambrai et du Cateau-Cambrésis, puis élève-professeur-stagiaire de l’École normale nationale d’apprentissage (ENNA) de Cachan. Il s’engage dès l’âge de dix-huit ans à la SFIO dans les Jeunesses socialistes et en devient, en 1950, le secrétaire national. En 1951, il fonde la fédération nationale Léo-Lagrange, l’un des plus importants mouvements français d’éducation populaire.

Ça, c’était pour Gros Quinquin, passons à Fafa :

Il est élève au lycée Janson-de-Sailly, dans le 16e arrondissement de Paris. Après avoir obtenu le baccalauréat où il obtient la note de 20/20 à l’épreuve de philosophie, il s’inscrit en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Il est admis en 1966 à l’École normale supérieure. En 1969, Fabius enchaîne les examens et les concours : en juin, il est diplômé de l’IEP de Paris (section service public) ; en juillet, il est reçu premier à l’agrégation de lettres modernes ; en septembre, il réussit le concours d’entrée de l’ENA.

Le Pen, lui, est un pur produit de la France profonde, ou éternelle.

Son père trouve la mort à bord du chalutier La Persévérance, dont il est le patron, quand le bateau, qui pêchait la sole, saute sur une mine remontée dans son chalut, le 22 août 1942. Son nom figure, depuis lors, sur le monument aux morts de La Trinité-sur-Mer. Jean-Marie Le Pen devient alors pupille de la nation, par jugement du tribunal civil de Lorient du 23 décembre 1942.

Le décor est planté, JMLP fait face à François-Henri de Virieu, présentateur de l’émission et marquis de son état, si si, de la ville de Virieu. Le contexte ? Eh bien, dans quatre mois ont lieu les élections européennes, le PS rame avec l’austérité imposée par Fabius, l’homme des Marchés. Les Français renâclent, les cadeaux de 1981 sont déjà oubliés (5e semaine de congés payés, retraite à 60 ans, hausse du Smic), le pays fait la gueule, Mitterrand voit venir une claque électorale. Alors il lance Le Pen à la télé, qui l’avait boycotté jusque-là.

Le résultat est foudroyant : bête de scène, et aussi de télé, le marin-pêcheur (sur langoustier)-para-député fait un malheur et rafle 11 % aux européennes, un tout petit peu moins que le PCF de Georges Marchais, les deux partis croisant leurs courbes à ce moment exact, ascendante pour le FN, descendante pour le PCF. La formation de JMLP rejoint le club des partis « à deux chiffres », elle ne redescendra plus. En ouvrant la porte à la médiatisation du FN, notamment grâce à un scrutin à la proportionnelle, Mitterrand savait qu’il poignardait le PCF dans le dos, qui lui avait pourtant fait la courte échelle avec le Programme commun, signé 12 ans plus tôt avec le PS. En 1984, la brusque montée du FN est un tremblement de terre politique. La presse bourgeoise tremble, Mitterrand a gagné : les électeurs, déçus par la rigueur du nouveau pouvoir, reviennent, devant le danger FN, ventre à terre à la maison « socialiste ».

36 ans plus tard, les phrases bien balancées du leader populiste font toujours mouche : il avait raison quasiment sur tout.

 

L’émission entière dure 80 minutes. Le Pen fait face à trois éditorialistes de la presse bourgeoise libérale. Mais avant le feu nourri du Système, Jean-Louis Lescène fait part des réactions (déjà) des téléspectateurs :

« Beaucoup d’appels téléphoniques ce soir à SVP mais pas toujours pour poser des questions. De nombreux téléspectateurs veulent simplement vous encourager, notamment pour vos prises de position sur l’immigration. Mais beaucoup plus nombreux sont les téléspectateurs, ce soir, ceux qui condamnent formellement votre action, fascisme, racisme, antisémitisme, sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les fiches. »

Pauvre Jean-Louis, tout à son émotion de devoir travailler dur au standard un soir de semaine, et face au danger fasciste en chair et en os, il confond les noms communs avec des adjectifs. Mais ce lapsus a un sens : Le Pen est déjà jugé. On se doute bien que tout le commandement de l’info sur Antenne 2 est anti-Le Pen, pro-Mitterrand, puisqu’à chaque changement de régime, on dégage les lèche-cul de l’ancien et on les remplace par les lèche-cul du nouveau. En télé, il n’y a donc que des lèche-cul, et les journalistes sérieux ne font pas partie de ce pitoyable zoo humain. Ou alors pas longtemps.

On sent à travers les propos préliminaires de Lescène et Virieu que le service public audiovisuel se lave les mains à la Pilate. On invite le Monstre, la Bête immonde, on sait qu’on va faire un gros score d’audience car cette invitation est historique – les Français veulent voir le fauve, et ils ne vont pas être déçus –, mais on ne veut pas être accusé d’offrir un tremplin au « fascisme » lepéniste.

On notera l’intro assez sobre mais brillante de Virieu, qui rappelle avec perfidie que « Le Nouvel Observateur ajoute “il aurait mieux valu l’ignorer”. Les lettres que nous recevons en portent témoignage monsieur Le Pen, vous faites peur ».

36 ans après l’émission, JMLP n’a pas changé d’un iota, ses convictions sont toujours aussi solides et cohérentes. Qui peut se targuer parmi les hommes politiques d’avoir traversé le temps de manière aussi visionnaire, même si le patron du FN n’a jamais été aux affaires ?

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