L’attaque à la préfecture de police va-t-elle éteindre la colère des policiers ?

E&R
05/10/2019
11:03

L’attaque à la préfecture de police va-t-elle éteindre la colère des policiers ?

Le procureur antiterroriste Jean-François Ricard a donné une conférence de presse très précise, très factuelle, ce samedi 5 octobre 2019 à 16 heures. Il a déclaré que l’auteur de l’attaque « adhérait à une vision radicale de l’islam » et était en contact avec des individus de la « mouvance islamiste salafiste ».

L’Express résume le propos :

« Les premières investigations ont relevé son “approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion”, son “souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes”, “sa justification” des attentats de Charlie Hebdo en 2015 ou encore “son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois”. [...]

Dans la matinée, il aurait échangé 33 SMS entre 11 h 11 et 11 h 50 avec son épouse – dont la garde à vue a été prolongée. Des messages à connotation clairement religieuse comme “Allahou akbar”. Son téléphone a aussi révélé des contacts avec des personnes soupçonnées d’être en lien avec la mouvance salafiste. »

« Des messages à connotation clairement religieuse comme “Allahou akbar” »

Le lendemain de la grande manifestation des policiers à Paris (24 000 à 27 000 personnes dans la rue pour la « marche de la colère »), un fonctionnaire du renseignement s’attaquait à ses collègues au cœur même de la préfecture de police. Après le choc et les atermoiements du pouvoir, les questions.

Et d’abord, celle que les représentants du système politico-médiatique ne (se) posent pas : s’agit-il d’un hasard tragique ou la colère des policiers contre leur hiérarchie et éventuellement le gouvernement a-t-elle été détournée à dessein vers le terrorisme islamiste, cet ennemi invisible qui suscite à la fois la psychose et l’union sacrée ?

 

Le ministre de l’Intérieur, après avoir en premier lieu évacué la piste terroriste, en disant notamment que le suspect n’avait « jamais présenté le moindre signe d’alerte », s’est mis dans un sale pétrin.

 

Le Parisien, journal pourtant très lié à l’institution policère, affirme que les « premiers indices » de radicalisation « étaient connus très tôt par l’administration » : en 2015, il aurait dit de l’attentat de Charlie Hebdo que « c’est bien fait ».

Alors soit le ministre a menti, soit il est mal renseigné par le biais de sa propre échelle de commandement. Pour cette ou ces raisons, la droite se déchaîne et demande sa tête.

 
 

Tous ou presque réclament, sinon la tête du ministre, du moins une commission d’enquête. On ne voit pas comment Castaner, qui était déjà très affaibli par la politique gouvernementale de répression et par un amateurisme rarement atteint à ce niveau de responsabilité, pourra se sortir sans dégâts de cette dramatique affaire.

Que la Macronie ait été piégée ou pas par cet événement meurtrier qui a surgi au cœur de l’institution le lendemain de la manifestation des policiers en colère, il reste à comprendre si la quasi simultanéité des deux événements est le fait du hasard ou d’un calcul. De la même façon, l’incendie de Notre-Dame de Paris le premier jour de la Semaine sainte interroge encore. Les coïncidences se multiplient depuis des années, on pense à ces attentats qui chevauchent des phrases électorales critiques et qui semblent agir comme des « basculeurs » d’opinion. En l’occurrence, pour le drame du 3 octobre 2019, il s’agit de l’opinion de la base de la police.

Si un exalté peut certes passer à l’action à tout moment, sans rapport direct ou indirect avec une ingénierie sociale élaborée, il se trouve que celui qui nous intéresse a servi sans le savoir une tendance du pouvoir profond, celle qui islamise les problèmes de notre pays.
Si l’attaque de la préfecture n’éteint pas la colère des policiers, peut-elle la détourner ?