Le profil psychiatrique de Xavier Dupont de Ligonnès

E&R
12/10/2019
11:12

Le profil psychiatrique de Xavier Dupont de Ligonnès

Un homme a été arrêté en Écosse qui ressemble en tous points à Xavier Dupont de Ligonnès. La presse s’est jetée sur ce rebondissement dans un des faits divers les plus suivis de la décennie. Mais après la une empressée du Parisien, patatras, on apprend qu’il ne s’agit peut-être pas du quintuple tueur. L’homme est accusé d’avoir en 2011 tué sa femme, ses quatre enfants et ses deux chiens avant de prendre la fuite et de disparaître dans l’inconnu.

Le résumé du rebondissement dans le rebondissement par L’Internaute :

« Un homme a été interpellé hier soir à Glasgow, en Écosse. Selon une information du Parisien, reprise et étoffée par l’AFP et bon nombre de médias, il était présenté comme Xavier Dupont de Ligonnès, suspect de la "tuerie de Nantes" en 2011 et donc des meurtres des cinq membres de sa famille, sa femme Agnès, 48 ans, et ses quatre enfants Arthur, 21 ans, Thomas, 18 ans, Anne, 16 ans et Benoît, 13 ans.

Selon une information de BFM TV reprise par l’ensemble de la presse ce samedi 12 octobre, à la mi-journée, l’analyse des empreintes puis les analyses ADN menées sur l’homme arrêté hier soir se révèlent en réalité négatives. Il ne s’agirait donc pas de Xavier Dupont de Ligonnès. Des doutes avaient été émis depuis vendredi soir, à la fois par les autorités, mais aussi par des voisins de l’individu arrêté, qui assuraient qu’il ne pouvait s’agir du fugitif recherché depuis 8 ans.

La thèse de la confusion sur l’identité de l’homme arrêté à Glasgow semble très solide, mais reste à confirmer par les autorités. Le cas échéant, cela signifierait que Xavier Dupont de Ligonnès est toujours en fuite ou bien décédé et que la France vient de vivre une énorme erreur policière et/ou médiatique qui fera certainement date dans ce dossier déjà incroyable. »

La presse qui s’est jetée sur le scoop avant les vérifications d’usage est dans l’embarras. En soi rien n’est grave, mais l’empressement à annoncer la bonne nouvelle n ’a d’égal que l’amateurisme de la presse française qui a été capable d’incriminer Assad dans les gazages de la Ghouta à l’été 2013.

La théorie de l’emballement médiatique n’est plus à démontrer, et cet emballement démontre une chose : les jugements de valeur des médias dominants se transforment trop vite en informations.

 

Christophe Hondelatte, pourtant le spécialiste de la vulgarisation des grandes affaires criminelles dans les médias audiovisuels, est resté très prudent :

Si l’homme en question a subi une chirurgie faciale pour qu’on ne reconnaisse pas son visage (le b.-a.-ba du fuyard dans le Milieu), qu’il a limé ses doigts (cela se fait) pour éviter qu’on ne le confonde par ses empreintes digitales, alors est-il possible d’altérer son ADN ? Il semble que non. On a été voir sur l’Agence Science-Presse qui est catégorique : « Non, on ne peut pas modifier son ADN pour échapper à la police (pas encore) ! »

« Et même si on présumait qu’un gène puisse être altéré définitivement, il en faudrait plus pour tromper le test génétique classique effectué par des policiers à partir d’un prélèvement de salive, de sang ou du bulbe d’un cheveu. En gros, ce test repose sur ce que les généticiens appellent l’analyse des microsatellites, des séquences d’ADN formées par une répétition continue des mêmes motifs. La longueur et la fréquence de ces motifs permettent de repérer un individu : il devient par exemple possible de cibler un suspect qui se trouverait déjà dans les bases de données de la police. Comme ces motifs sont éparpillés à travers le génome, et que celui-ci est composé de 3 milliards de paires de base, un criminel qui choisirait cette méthode pour brouiller les pistes aurait du boulot – en supposant que ce soit possible.

Autant l’article du Daily Mail qu’une journaliste d’un autre quotidien britannique, le Daily Telegraph, ont cité un nommé George Church, généticien très médiatisé aux États-Unis et un des pionniers de la technologie CRISPR, qui semble accréditer l’idée que des criminels puissent utiliser la technologie pour “disparaître des bases de données de la médecine légale”. On ignore s’il en parle au présent ou dans un futur relevant pour l’instant de la science-fiction – parce que, comme le rappelle la biochimiste Eleanor Graham également dans le Daily Telegraph, le criminel ne devrait pas juste altérer un de ses gènes, mais pratiquer sur lui-même une hypothétique intervention médicale “plutôt extrême” qui ferait en sorte que toutes ses cellules soient affectées en même temps (puisqu’une copie de notre ADN réside dans chacune des cellules de notre corps). »