Mort du cinéaste de propagande Bertrand Tavernier Hola !, Tavernier, un autre film, mais pas gauchiste

E&R
29/03/2021
02:16:10

Mort du cinéaste de propagande Bertrand Tavernier Hola !, Tavernier, un autre film, mais pas gauchiste

C’était un politique, qui faisait du cinéma, alors nous allons lui rendre un hommage politique, au milieu de l’hommage national qui lui est rendu par toutes les forces du Système. Pour les médias de soumission, Tavernier était un cinéaste engagé. Traduction : il faisait la retape du Système dans des films d’opposition contrôlée. Côté micro, Guillaume Erner est l’un des pires propagandistes de l’univers, voici donc son hommage à un autre propagandiste, mais côté caméra. Nous avons évidemment des choses à y redire.

« Il laisse derrière lui une trentaine de chefs-d’œuvres aux genres éclectiques... »

L’œuvre – si l’on peut parler d’œuvre – emblématique de Tavernier, c’est sans conteste L.627, le film sur la police. Précisément un service des Stups, situé dans d’anciens locaux de la gare de Lyon, aujourd’hui détruits. Il y avait aussi un squat où l’on vendait de la drogue (pas nous, mais les vilains droguistes).

L.627 a marqué le public car Tavernier y brisait les codes du film policier. Soudain, plus de Bogart clope au bec, de samouraï Delon au regard bleu acier, d’atmosphère melvilienne, de mythe : on est dans le merdier du quotidien, avec les problèmes de fric, de matériel, d’effectifs et surtout, relationnels. Relations entre flics, les bons et les mauvais – comprendre ceux de gauche et ceux de droite – et relations avec les balances, les cousins, les donneuses, les putes et les camés.

Avec Tavernier, on efface Melville et l’Art pour passer au cinéma militant, bassement militant, malgré ce qu’énonce l’invité de Guillaume Erner : « C’était très clairement un cinéaste engagé, pas un cinéaste militant, c’est pas exactement pareil ». Mon œil (on voulait écrire Mon cul mais c’était un gros mot) ! Un militantisme qui n’est évidement pas direct, mais entre les lignes, entre les images.

D’ailleurs, L.627, sorti en 1992, reprend les codes de Dupont Lajoie (1974), le premier film véritablement antifrançais de l’après-68. Tout n’y est que beauferie et beuveries à la Cabu, dont le premier album (sur) Mon Beauf sort en 1975. Définition du beauf selon le dessinateur :

« Le type avec lequel on regarde le foot à la télé, celui qui vient vous aider à repeindre la cuisine le dimanche, parce que le week-end d’avant, c’est vous qui êtes allé l’aider à bricoler sa voiture. Venant d’un milieu ouvrier, cela symbolisait pour moi les relents de pastis, la pétanque, la connerie morne. »

Les « relents » de France ! Ouh, le racisme social antifrançais ! Heureusement, le cinéma aux ordres viendra dézinguer tout ce sale peuple au profit de la nouvelle gauche, cette classe montante qui a le cœur à gauche et le portefeuille à droite. La Familia grande, dont le slogan pourrait être Inceste, socialisme et consanguinité !

Dupont Lajoie annonçait la décennie rose qui allait entuber et enfoncer les classes populaires par le truchement de l’antiracisme. Tavernier, avec sa trotskiste défense des immigrés opprimés – comprendre Français oppresseurs –, reprenait le flambeau et donnait un nouvel écho au discours victimaire :

Écoutons bien la parole tavernière (à partir de 1’20), avec tout ce qu’elle a de subtil, ou de pervers :

« La meilleure manière de s’attaquer aux passeurs, aux filières, qui sont en effet des exploiteurs innommables, c’est de nommer beaucoup plus d’inspecteurs du travail [des Filoches ?, NDLR], c’est de prendre des mesures contre les donneurs d’ordres, mais pas les sous-fifres, les gens qui sont vraiment responsables, ça n’est pas de s’attaquer aux victimes... »

Le problème, c’est que ces « responsables », c’est ce haut patronat sur la même longueur d’onde libérale et libertaire (on pille l’État, on lui ôte son autorité et on ouvre les frontières) que les trotskistes ! Cette fameuse gauche attalienne à la Henri Weber, trotskiste entré au PS, européiste, mondialiste, un hiérarque comme on les aime... Par ordre d’apparition dans son CV : Hashomer Hatzaïr, Mai 68, JCR, Rouge, Bensaïd, Fabius, Duhamel, Servan-Schreiber... N’en jetez plus !

Tavernier : celui qui sert la soupe ?

Mais ne dérivons pas trop, même s’il s’agit d’une seule famille politique, une sorte de Familia grande qui a envahi, après la politique et les médias, tout le secteur culturel, pour le mettre en coupe réglée. Pas question d’y entrer sans montrer patte rouge, ou plutôt rose, le rouge étant l’ennemi intime du rose. C’est cela, l’exception culturelle française vantée par Le Monde dans son hommage posthume au Tavernier, une privatisation doublée d’une censure ou, pour parler plus gentiment, d’une préférence à l’embauche... Mais pas une préférence nationale, hein !

Peu enclin à la tiédeur, Bertrand Tavernier n’était pas homme d’engouements et d’énervements mais de passions et d’emportements. Lesquels firent entendre sa voix quand il s’est agi de dénoncer la torture pendant la guerre d’Algérie, de défendre la légalisation des sans-papiers, de combattre le Front national et le mauvais sort réservé aux banlieues. Militant aussi pour l’exception culturelle française, la lutte pour le respect du droit des auteurs.

On découvre la souffrance du jeune Werther :

Une mauvaise gestion du père, justement, fait péricliter la revue Confluences et oblige la famille à abandonner Lyon pour Paris où le petit Tavernier est envoyé en pension à l’école Saint-Martin-de-France à Pontoise que dirige la congrégation des Oratoriens. De ces années, Tavernier gardera le souvenir du « sadisme des profs de gym » et de l’humiliation. Peu sportif, l’enfant trouve refuge dans les livres dont il fait un usage immodéré.

Mais ne soyons pas chiens, Tavernier a ouvert une petite page inconnue de l’histoire de France avec les corps-francs du Capitaine Conan, ces chiens de guerre lâchés contre l’ennemi bulgare qui tenait les Balkans, puis contre les Bolcheviques après l’armistice... Une guerre oubliée, sauf par Staline. Joli projet historique mais film qu’on peut résumer par l’armée c’est con, la guerre c’est mal, d’ailleurs, tout le monde finit mort ou alcoolo. Passons sur Coup de torchon et sa critique gaucharde du colonialisme, un bien mauvais coup porté au 1275 âmes du génial Jim Thompson.

Ah, Thompson, que voilà un auteur, bien au-delà et très au-dessus de la bien-pensance d’un Tavernier, ce grand bourgeois qui a commencé comme critique dans la presse spécialisée. Imaginez, Les Cahiers du cinéma... Puis il a œuvré comme attaché de presse et son fait d’armes restera son télégramme à Kubrick : « Comme artiste, vous êtes génial. Comme patron, vous êtes un imbécile ».

Maladivement digressifs, on en a profité pour revisiter la vie et l’œuvre de Kubrick (et aussi celle de Melville, puisque Tavernier a été son assistant). Le documentaire d’Arte nous a inspiré ce mini roman-photo :

Si vous faites défiler très vite ces cinq images, vous aurez ce qu’on appelle une scène de cinéma, mais sans le son. Normalement, on aurait dû en mettre 24 pour faire 1 seconde, mais vous savez ce que c’est, la place, le budget, les bâtons dans les roues du CNC...
Voilà, c’était notre hommage au Tavernier, qui a mis en images ses idéaux gauchistes, et qui a fait de la propagande au lieu de faire de l’art. Il se fait tard, laissons Le Monde achever le glorieux portrait :

Dans le même souci de partage, il réalise à l’âge de 75 ans Voyage à travers le cinéma français (2016), un documentaire de plus de trois heures dans lequel le réalisateur revient sur sa vie à travers les nombreux films qu’il affectionne.

Le documentaire approfondit sa pensée, prolonge ses engagements, dénonce autant qu’il éclaire ce qui le fâche. Le format apporte un cadre idéal à ses protestations. Il l’adopte pour revenir sur la guerre d’Algérie et signe avec Patrick Rotman La Guerre sans nom, où ceux qui se sont toujours tus témoignent. Il l’utilise, en 2001 pour affirmer son soutien à ceux qu’on appelle les « double peine » (parce que condamnés à la prison avant d’être expulsés vers leur pays) : Histoires de vies brisées, coréalisé avec son fils Nils Tavernier.

Père aussi d’une fille, la romancière Tiffany Tavernier, le cinéaste est toujours demeuré discret sur sa vie privée. Ce grand bavard timide qui détestait se regarder, s’analyser et parler de lui-même, préférait diriger son attention – et celle des autres – vers ces humains que la souffrance n’avait pas épargnés, ces inconnus dont les secrets, en ne cessant jamais de l’intriguer, ont abreuvé ses films.

Gauchisme, anti-patriotisme, filsdecratie, tout est dit.

Ah, au fait, Melville. Comme Arte interdit au Net de diffuser le doc Melville, le dernier samouraï (2020), alors qu’on finance cette chaîne par la redevance, voici une version plus courte :

On parie que dans 50 ans, Melville restera, et que Tavernier disparaîtra... avec le gauchisme. C’est le risque du cinéma militant, bien-pensant, bien dans son époque, au service du Système.

Youtube Terms of Service (ToS), this website is using of YouTube API Services and Google Privacy Policy, Google Security Setting page