Attentat de Vienne (4 morts) : l’incroyable inflation verbale des médias français

E&R
03/11/2020
04:23

Attentat de Vienne (4 morts) : l’incroyable inflation verbale des médias français

Est-ce un effet de la panique érigée en système de gouvernement, des automatismes post-traumatiques acquis, de la surenchère médiatique vendeuse ? Toujours est-il que les personnalités médiatico-politiques françaises ont transformé l’attentat de Vienne en Autriche du 2 novembre 2020 et ses 4 morts en carnage de masse. Lorsque le bilan définitif est tombé, dans la nuit, les mots sont aussi retombés, et beaucoup ont effacé leurs tweets catastrophistes.

Il ressort de cet événement troublant que nombre de nos représentants ou dirigeants ont intérêt à entretenir une peur généralisée, ici et là-bas. Et une certaine soumission.

 

La surinformation est une désinformation

Après avoir parlé de six scènes de crimes, faisant remonter en cela les affres de l’attentat « multisites » en France du 13 novembre 2015 (100 morts, 413 blessés, dont 99 en urgence absolue), les acteurs phares de Twitter ont répandu et grossi un tueur isolé (finalement abattu) en massacre de masse. Le Monde, fidèle à sa nouvelle définition de la sobriété, a glissé dans son introduction une notion de « masse » très élastique :

Selon un bilan encore provisoire, quatre personnes ont été tuées, et quinze autres blessées, dans ce qui s’annonce comme le premier attentat islamiste de masse à toucher l’Autriche.

Nous ne sommes pas à comparer l’horreur d’un attentat à 130 morts avec un attentat à 4 morts, à empiler dans la balance les uns et les autres, mais nos personnalités médiatiques devraient régler leur vocabulaire et leurs analyses sur le réel, plutôt que sur leur angoisse ou leurs intérêts. Les Français qui suivaient les événements en quasi-direct sont passés, il faut le dire, des sueurs froides de la fin du monde (occidental libre) à un soulagement très humain.

Derrière l’émotion feinte, le message de soumission

 

Par ailleurs, et cela a peut-être un lien avec l’émotion surjouée de nos représentants, l’attentat a eu lieu « à proximité d’une synagogue », la grande synagogue de Vienne, une des seules qui n’a pas été détruite par les nazis, faisant de cet attentat à l’échelle humaine un événement planétaire. Pensez donc, une synagogue attaquée, au cœur du pays qui a donné naissance au monstre Adolf Hitler (le chancelier allemand des années 1933-1945 n’est pas né à Vienne mais il a vécu dans la capitale autrichienne).

Selon un bilan encore provisoire, quatre personnes ont été tuées, et dix-huit autres blessées, dans ce qui s’annonce comme le premier attentat djihadiste de masse à toucher l’Autriche. La petite République d’Europe centrale a été saisie par l’horreur d’une attaque visiblement planifiée autour d’un des lieux les plus symboliques qui soit : la grande synagogue de Vienne, située en plein cœur de la capitale autrichienne. « Nous avons été les victimes d’un effroyable attentat terroriste », a déclaré le Premier ministre conservateur, Sebastian Kurz, au cours de la soirée. « Nous avons vécu un attentat d’au moins un terroriste islamiste (…) sympathisant de [l’organisation] l’État islamique, équipé d’un fusil d’assaut et d’un engin explosif factice », a précisé le ministre de l’Intérieur Karl Nehammer mardi, à l’aube.

La proximité d’une synagogue fait donc de cet attentat, que tout le monde réprouve comme n’importe quel attentat qui s’en prend à des innocents, et on souligne innocents, un attentat presque antisémite, mais l’amalgame a été vite franchi.

« Ce soir je voudrais apporter mon indéfectible soutien au peuple autrichien et à la communauté juive de Vienne, visée par cette attaque antisémite effroyable. Nous sommes et serons toujours unis contre la barbarie et l’obscurantisme. » (François Hollande)

Nous avons vu la nomenklatura socialo-sioniste française à l’œuvre, mais les mots ont été tellement usés qu’un « horreur », « effroi » ou « inouï » ne font plus tellement d’effet. C’est bien de la faute de ceux qui ont surpompé ces nappes phréatiques qualificatives pour entretenir la peur, la paranoïa, la psychose.

 

Heureusement pour le Baron noir, la synagogue était fermée, ce que confirme Le Monde :

Cet homme a été abattu, « mais nous ne pouvons pas exclure qu’il y ait d’autres assaillants », a-t-il prudemment précisé, alors qu’il avait dit quelques heures auparavant être persuadé qu’il y avait plusieurs terroristes. Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré un homme habillé de blanc et armé d’une arme automatique semer la terreur dans les rues pavées entourant ce bâtiment érigé en 1825 et qui fut la seule synagogue de Vienne à résister à l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. À 20 heures, lorsque ont résonné les premiers coups de feu, la synagogue était toutefois fermée et vide de tout personnel, a expliqué le président de la communauté israélite autrichienne, Oskar Deutsch. Pour cette raison, elle était aussi dépourvue de protection policière à cette heure-là.

Le terroriste était donc soit mal renseigné, soit bien renseigné. Et cette opération fait penser au dernier attentat presque antisémite qui a eu lieu en Allemagne, où deux malheureux passants ont été assassinés par le tueur d’« extrême droite » qui avait essayé d’entrer dans la synagogue. Que se passera-t-il si un jour une vraie équipe de tueurs entre dans une synagogue pleine à craquer ? Quels seront les mots de François Hollande pour dire son indignation ?

Mais où est passé l’autre « tueur » ?

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