En France, il y a un "commissaire politique" dans chaque émission C’est le tarif à la radio-télévision "française"

E&R
12/10/2017
41:07

En France, il y a un "commissaire politique" dans chaque émission C’est le tarif à la radio-télévision "française"

Patrick Liste Noire Cohen pour C à vous de la cruche Anne-Elisabeth Lemoine, Gilles-William Goldnadel pour Les Terriens du Dimanche de Thierry Ardisson (actuellement sous surveillance du CSA), Yann Moix pour Laurent Ruquier et ONPC, Élisabeth Lévy dans On refait le monde de Marc-Olivier Fogiel (Fogiel est bien trop limité politiquement et géopolitiquement) sur RTL, et la liste peut s’allonger avec les responsables des pages internationales des grands journaux, là où il ne faut pas franchir la ligne rouge établie par le Système.
Pour cette petite étude, nous nous cantonnerons aux émissions politiques ou culturelles des médias audiovisuels.

Avant tout, qu’est-ce qu’un commissaire politique (CP) ?
C’est une personnalité qui réagit à la manière d’une machine à une série de mots-clés bien précis, « islam », « Israël », « antisémitisme » (et pas « sionisme » car ce mot est très rarement prononcé, à l’inverse de son supposé opposé l’antisémitisme), « OTAN », « Dieudonné », « Soral », « Poutine »... et qui délivre la version officielle, ce qu’il faut penser, CQFP.

Quatre lois intrinsèques à l’audiovisuel se dégagent.

Loi numéro 1 : malgré les apparences, le commissaire politique est plus important que l’animateur.

Moins bien payé mais ne risquant pas l’exclusion de l’émission – un CP ne peut par définition par déraper puisqu’il est l’arbitre des dérapages ! –, le CP ne tombe pas sous le coup de la loi de l’audience et de la pression de la chaîne. De la même façon qu’un conseiller comme Jacques Attali est toujours là, alors que les présidents passent, sanctionnés par le suffrage universel...
Le CP défend son pré carré, défini par les mots-clés qui constituent des limites, dès que quelqu’un – invité, chroniqueur ou animateur – y met le pied de manière volontaire ou plus souvent par inadvertance. Il intervient alors en tant que correcteur d’orthographe oligarchique.

Le CP est l’ambassadeur du pouvoir profond dans une émission, qu’elle soit politique ou culturelle. Car les sujets chauds peuvent surgir dans n’importe quel contexte, même de divertissement. C’est parfois ainsi que les « messages » passent le mieux. Le divertissement permettant de lubrifier les schèmes spatio-temporels du cerveau (où passent les impulsions électriques qui sont les unités électro-chimiques de l’information) pour que le catéchisme venu d’en haut soit plus facilement assimilable.
C’est justement dans les émissions périphériques de la politique que les CP sont les plus inattendus, et donc les plus efficaces : ils agissent sous faux drapeau fonctionnel. Quand Valls fait la promotion de son idéologie sur France 2 le 6 février 2014, et qu’on lui « oppose » Nathalie Saint-Cricq qui se situe grosso modo sur la même ligne, la collusion saute aux yeux. Dans une émission non politique, c’est plus insidieux.

C’est le cas de Michel Cymes dans Le Magazine de la santé sur France 5, où sa coanimatrice Marina Carrère d’Encausse endosse le rôle mineur de technicienne, pendant que Cymes change l’émission en tremplin pour de plus importantes fonctions.

Loi numéro 2 : le commissaire politique peut aussi être l’animateur.

Dans ce cas, les rôles sont fondus. Par exemple avec Patrick Cohen depuis qu’il a repris la matinale d’Europe 1, Cyril Hanouna dans Touche pas à mon poste, ou Frédéric Haziza dans Entre les lignes (de front ?). Hanouna, l’animateur star du moment, réussit le tour de force à être le maître des dérapages, mais à toujours garder un œil sur la ligne rouge. Il ne l’a pas franchie en s’attaquant au lobby LGBT puisque le lobby sioniste lui est supérieur dans les médias. Ses dérapages culturels n’ont jamais lieu dans le politique.

Par ailleurs, si Hanouna participe à la Tsedaka 2016 (levée de fonds pour Israël) cela ne transparaît pas dans son émission quotidienne sur C8. Qui n’est d’ailleurs pas de service public, il peut donc faire ce qu’il veut, dans les limites imposées par la loi et le CSA.

Point besoin d’appartenir à une communauté précise pour endosser le rôle du CP. Tout le monde se souvient des agressions répétées d’Anne-Sophie Lapix-Sadoun, lorsqu’elle animait Dimanche Plus sur Canal Plus, contre Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan.

Jean-Pierre Elkabbach reçoit Jacques Attali pour la première de son émission L’invité politique le 29 août 2017 sur CNews, un « Elka » moins pugnace qu’à l’habitude :

Mélanger le rôle de CP et d’animateur présente néanmoins un risque : celui d’être accusé de collusion, de partialité. Il faut donc que le CP ne prenne pas le pas sur l’animateur, ou que l’animateur contrebalance les sorties du CP. Une acrobatie intellectuelle dont peu se sortent. Elkabbach, lui, s’en fout comme de sa première stagiaire et enfonce le clou, oubliant parfois qu’il est journaliste pour faire une promo massive de son camp idéologique.

Loi numéro 3 : le commissaire politique n’est pas forcément issu d’une communauté minoritaire surreprésentée ou d’une minorité communautaire surreprésentée.

On en veut pour exemple Nathalie Saint-Cricq, la journaliste de France 2 qui intervient sur les plateaux après les débats politiques. Elle a dit après la manifestation du 11 janvier 2015 qu’il fallait « repérer, traiter... ceux qui ne sont pas Charlie ». Elle représente la part agressive de la bien-pensance qui ne doute pas une seconde de ses positions. Positions qui sont en tout point les mêmes que celles de l’oligarchie : ce mélange de libéralisme sociétal atlantiste que l’on voit et entend partout, dans les discours officiels, les médias et les livres d’école. Pour une occupation totale des esprits.

Loi numéro 4 : le commissaire politique n’est pas forcément tout seul.

Quel meilleur exemple que celui de L’interview politique de Jean-Michel Aphatie de 8h30 sur Francetvinfo la saison passée, retransmise sur France Info en télé et radio ? Il était alors flanqué de Fabienne Sintes, Gilles Bornstein et Guy Birenbaum, un trio, un jury d’assises politique qui tirait toujours dans le même sens, celui des intérêts oligarchiques. Tout ce qui n’était pas sur cette ligne était quadruplement étrillé.

Cette année, Aphatie officie en duo avec Bruce Toussaint, qui possède à peu près autant de lucidité politique qu’Anne-Élisabeth Lemoine, la bécasse de C à vous, la quotidienne « culturelle » produite par Capton, associé à Pigasse et Niel (et depuis peu Berda de AB Prod) dans le plus formidable groupement financier mangeur de médias : Mediawan.

L’émission des 4 Fantastiques du 24 mars 2017 :

Attention, il est une espèce de CP ouvert, qui brouille les pistes ou qui offre plus de liberté éditoriale que d’autres. C’est le cas d’Éric Zemmour, assez singulier dans son rôle, puisqu’il est le CP qui casse les codes du CP, tout en étant un CP supérieur. Supérieur par son intelligence, sa lucidité, sa culture politique, mais aussi sa malice. En face, un Patrick Cohen ne pèse pas lourd, qui ne sait même pas qu’il est dans le camp des bien-pensants, ou qui fait mine de l’ignorer...

Pour finir, un CP ne se fait pas en un jour. Il doit prouver, à chaque étape de son ascension hiérarchique, qu’il mérite ce statut à part de juge de la liberté d’expression. Une fois qu’il a rassuré ses employeurs du pouvoir profond sur sa fiabilité et sa souplesse par rapport à la ligne (car elle peut changer, voir le socialisme de Valls par rapport aux immigrés), il devient un juge inamovible, un juge de la Cour suprême française.

Lui seul définit ce qui est bien de ce qui est mal, lui seul distingue le vrai du faux. C’est une figure à moitié divine qu’on ne peut contredire sous peine de disparition des écrans TV ou des postes de radio, ce qu’on appelle la mort médiatique ou le purgatoire. Par rapport à lui, les animateurs et encore plus les chroniqueurs sont mortels, jetables. C’est la différence fondamentale entre l’oligarchie et la démocratie, la seconde servant de paravent et de bouc émissaire populaire à la première.

Quant à BHL, c’est un cas à part : invité tout le temps et partout, dans toutes les émissions possibles et imaginables, conservant le statut d’invité (même chronique), il est à la fois un animateur nomade et un commissaire politique. Il cumule tous les statuts possibles dans les médias audiovisuels. On pourrait même ajouter celui de rédacteur en chef, ce qu’il a été un temps et en substance pour Tout le monde en parle, quand Ardisson avait franchi les limites autorisées.